Kristina
écrit à




L'Impératrice Sissi






Vos frères et soeurs



Chère Impératrice,

J'aimerais, s'il vous plaît, que vous me parliez de tous vos frères et sœurs. Pouvez-vous me dire leurs noms, dates de naissance, et s'ils ont des enfants?

J'aimerais savoir si vous étiez proche de tous vos frères et sœurs pendant votre enfance et après votre mariage. Allez-vous leur rendre visite? Viennent-ils vous voir? Sont-ils proches de vos enfants? Êtes-vous proche de vos neveux et nièces?

Je vous embrasse.

Kristina


Chère Kristina,
 
Mes frères et sœurs ont toujours été très présents dans ma vie et il me fait grand plaisir de vous parler d'eux.
 
Louis-Guillaume, l'aîné, est né le 21 juin 1831. Il a renoncé à son droit d'aînesse pour pouvoir épouser une simple actrice, Henriette Mendel. Le fait que le roi de Bavière l'ait promue baronne Wallersee juste avant le mariage n'a rien changé au fait que, devant la famille, Louis venait de commettre une mésalliance. J'aimais beaucoup Henriette; elle était douce, discrète, exactement l'épouse qu'il fallait pour un caractère aussi difficile que celui de mon frère. Une autre femme ne l'aurait pas supporté longtemps! C'est d'ailleurs ce qui est arrivé avec sa seconde épouse, une petite danseuse d'Opéra qu'il a épousée un an à peine après la mort de cette pauvre Henriette, et avec qui son union bat sérieusement de l'aile.
 
Un autre enfant est né de mes parents mais n'a vécu que quelques mois: Karl-Wilhem, né en 1832 et mort en 1833. C'est dire que je ne l'ai pas connu. Il a été immédiatement suivi de ma sœur Hélène-Caroline-Thérèse (Hélène, dite Néné), née le 4 avril 1834, et morte dans mes bras au mois de mai 1890, au terme d'atroces souffrances. Ma sœur Hélène avait été choisie par ma tante Sophie pour épouser François-Joseph. On sait ce qu'il advint: Franz me vit, et dès lors Hélène n'exista même plus pour lui. Elle épousa le prince Maximilien de Tour & Taxis en 1858 et eut la douleur de perdre cet époux tendrement aimé après seulement dix ans de mariage. Douleur également de voir mourir avant elle trois de ses enfants, une douleur qui faillit, comme ce fut le cas pour moi, la rendre folle. Elle trouva le réconfort dans sa foi en Dieu, heureusement pour elle. Ce réconfort ne me fut pas donné et je tente, encore aujourd'hui, de fuir mon désespoir à grands coups d'ailes vers des récifs inconnus...
 
Ma sœur Marie-Sophie-Amélie (Marie), née le 5 octobre 1841, éphémère reine de Naples et des Deux-Siciles, fut longtemps ma sœur préférée. Je l'ai fréquentée beaucoup durant les années 1870-80, durant ma grande période de passion pour la chasse à courre en Angleterre et en Irlande. J'ai su par la suite qu'elle avait été à l'origine d'affreux ragots concernant mon amitié pour mon «guide», le capitaine Bay Middleton, au point même que mon propre fils tourna un jour carrément le dos au capitaine. Je la vois encore de temps à autres, en France ou en Suisse, lorsque je retrouve également ma sœur Mathilde, mais nos relations n'ont jamais plus été aussi chaleureuses.
 
Ma sœur Mathilde-Ludovica (Mathilde), née le 30 septembre 1843, était la plus gaie, la plus drôle lorsque nous étions jeunes, de sorte que nous la surnommions «Moineau». Elle a épousé en 1862 le comte Louis Trani, frère du roi François II des Deux-Siciles (époux de Marie). Une union pas très heureuse, le comte n'ayant jamais vraiment pris son mariage au sérieux. Il était cependant fort attaché à leur petite Marie-Thérèse, leur seule enfant née en 1867. Il est décédé tragiquement à Munich en 1886 et Mathilde n'a été longtemps que l'ombre d'elle-même par la suite. Elle aussi a été fort liée à ma sœur Marie durant plusieurs années; elles avaient vécu ensemble beaucoup «d'aventures» (dans plusieurs sens du terme!) lors de la chute du royaume de Naples aux mains de Garibaldi. Elle vit présentement à Zurich, où je la visite assez souvent, puisque la Suisse est devenue ma destination préférée.
 
Mon frère Charles-Théodore, surnommé Gackerl («petit coq») est né le 9 août 1839 et est désormais le tenant du titre de duc en Bavière depuis la mort de notre père et la renonciation de mon frère Louis. Je crois bien que c'est le plus intelligent de nous tous et, bien qu'il se plaise parfois à dire que j'ai «un petit grain», il passe lui aussi pour une sorte d'excentrique, depuis qu'il a décidé de faire des études de médecine à l'université (et non suivre les cours d'un précepteur, comme tous les aristocrates) de se spécialiser et d'exercer en ophtalmologie. Un duc qui travaille, vous vous rendez compte! Mais bien souvent, il opère les pauvres gens gratuitement, de pauvres gens qui seraient sans doute aveugles aujourd'hui s'il ne les avait pas aidés. C'est l'un des membres de ma famille dans lequel j'ai la plus grande confiance; c'est donc à lui que seront confiés mes précieux poèmes après ma mort, pour qu'il les remette ensuite à la Confédération Helvétique. Je ne fais confiance à aucun Habsbourg pour ce qui est de préserver mon œuvre poétique, qu'ils ne connaissent même pas.
 
Ma jeune sœur Sophie-Charlotte-Auguste (Sophie), née le 23 février 1847, est décédée de façon atroce l'an dernier dans l'incendie du Bazar de la Charité à Paris. Son pauvre époux, le duc Ferdinand d'Alençon, porte son deuil avec résignation et dignité, mais la mort de Sophie m'a persuadée que nous mourrons tous de mort violente. Sophie a connu une histoire déstabilisante dans sa jeune vingtaine, lorsqu'elle fut fiancée au roi Louis II de Bavière. Louis lui faisait une cour purement littéraire, ne la visitant que rarement mais lui faisant livrer des centaines de roses ou lui faisant donner l'aubade sous sa fenêtre à minuit... Il ne s'était fiancé avec elle que parce qu'elle était ma sœur et qu'il avait déclaré que s'il pouvait s'entendre avec une femme, ce ne serait qu'avec l'une des sœurs de «l'admirable impératrice»! En fait, Louis adorait une image. Louis n'aimait pas les femmes, à moins qu'il ne s'agisse d'actrices ayant l'âge de sa propre mère! Après ces lamentables fiançailles, elle a fini par épouser Ferdinand, un homme bon et sage, un excellent mari qui a supporté admirablement certaines de ses excentricités sur lesquelles je ne m'étendrai pas, pour l'honneur de son nom. Dans les dernières années de sa vie, Sophie était reconnue surtout pour sa grande piété et ses œuvres de charité. On disait que c'était une sainte. Je l'aimais beaucoup, et j'avoue me rendre moins volontiers en France depuis qu'elle n'y est plus.
 
Finalement, mon plus jeune frère, Maximilien-Emmanuel, surnommé «Mapperl», était, je crois, le plus beau de la famille. Très discret, probablement le moins «excentrique» de toute notre famille, il ne s'est guère fait remarquer par l'aristocratie. Né le 7 décembre 1849, il a épousé Amélie de Saxe Cobourg Gotha en 1875. Il en était follement amoureux depuis longtemps, alors qu'elle était promise à Léopold de Bavière, lequel a fini par épouser... ma propre fille Gisèle! S'étant confiée à moi, j'ai d'abord laissé un certain temps s'écouler, histoire pour Amélie de se remettre de ce rejet, puis je me suis arrangée pour qu'une rencontre ait lieu. Amélie a fini par partager les sentiments de mon frère et cette union a été très heureuse. Mon frère est malheureusement décédé jeune, à quarante-quatre ans, laissant Amélie veuve avec trois fils: Siefried, Christophe et Luitpold, son petit dernier qui n'avait alors que trois ans.
 
J'espère avoir répondu à toutes vos questions, chère Kristina. Ayant une grande famille, il est normal que ma réponse ait été un peu longue!
 
Amicalement,
 
Élisabeth