Tess
écrit à




L'Impératrice Sissi






Vos cousins



Sissi bonjour,

J'espère que je ne vous dérange pas.

Je suis passionnée par votre histoire et celle de votre famille. Je désirais avoir des renseignements sur votre cousin Otto, le frère de Louis II. On dit qu'il était malade: de quelle maladie souffrait-il? J'ai entendu dire qu'il se prenait pour un chien; est-ce vrai et de quoi est-il décédé? Je pense qu'il n'a pas eu de descendants, étant donné que les deux frères étaient un peu dérangés. Les parents l'étaient-ils aussi? Je sais que leur mère avait des problèmes également. Pouvez-vous m'en dire plus sur les parents aussi?

Je vous en remercie et je vous dis à bientôt.

Tess


Chère Tess,
 
La reine Marie, mère de Louis II de Bavière et de son frère Othon, était une femme équilibrée qui n'avait absolument aucun problème psychique. On sait qu'il y avait certains problèmes dans sa famille, les Hohenzolern et les Hesse, entre autres (le roi fou George III d'Angleterre, mort en 1820, était de sa famille, et une de ses tantes croyait avoir avalé un piano!) mais la reine a toujours eu elle-même les pieds sur terre et ne s'est jamais vraiment sentie concernée par la maladie de ses fils. Je me souviens même avoir visité avec elle un asile d'aliénés, et elle tentait d'établir le contact avec ces malheureux, essayant même d'avoir une conversation sensée avec eux, de les comprendre, d'entrer dans leur monde... Une mère qui a su rester fort digne dans son malheur.
 
Louis a été déclaré fou par un groupe de «spécialistes» qui ne l'avait jamais rencontré! Le docteur Gudden, qui est mort près de lui en ce triste jour de juin 1886, a signé le certificat établissant la démence de mon cousin quelques heures avant de lui parler pour la première fois!  Louis n'était pas fou, ce n'était qu'un original perdu dans son rêve de pierre, dans un idéal de beauté que la trivialité de sa tâche de roi n'arrivait en rien à satisfaire. Il me ressemblait beaucoup, sa haine de la cour et de sa capitale (Munich pour lui, Vienne pour moi), son goût pour les arts! Nous étions «âmes sœurs», dans le sens le plus romantique du terme, et comme lui, on m'observe en notant mes excentricités et en clabaudant sur ma santé mentale. Ce que les hommes ne comprennent pas, ils le nomment folie... 
 
Au moment où je vous écris, Othon est toujours bien vivant et vit enfermé dans le château de Fürstenried avec quelques serviteurs. Il est, de nom, le Roi Othon 1er de Bavière depuis le décès de mon cousin Louis, et le prince Luitpold exerce la régence en son nom. Je ne l'ai vu que très rarement dans ses dernières années de lucidité, et la lueur inquiétante de son regard me donnait souvent peur qu'il ne me précipite dans l'escalier, lorsqu'il me donnait le bras! Un très bel homme -comme Louis dans sa jeunesse, d'ailleurs- à l'esprit rongé. Quel malheur pour la Bavière!
 
Amicalement,
 
Élisabeth