Maxime
écrit à




L'Impératrice Sissi






Vos beaux-parents



Bonjour Votre Majesté,

J'aimerais vous poser quelques questions concernant votre belle-mère, l'archiduchesse Sophie, et votre beau-père. Comment était leur relation amoureuse? S'aimaient-ils assez pour avoir plus d'un enfant ensemble et créer une famille? Quelles activités faisaient-ils tous les deux et comment ont-ils réagi face à la mort d'un de leurs enfants?

Je vous remercie énormément pour tout le temps que vous m'accorderez et j'espère recevoir de vos nouvelles.

Maxime

Chère âme du futur,
 
Mes beaux-parents, à l'époque de mon mariage, formaient un couple assez uni, comme on en voit assez souvent dans la haute société. Leur mariage avait été décidé par le Congrès de Vienne; ils n'étaient aucunement amoureux lors de leur mariage, mais comme tant d'autres ils finirent par s'habituer l'un à l'autre. Mon beau-père, comme tout le monde à la cour, avait fini par se laisser régenter par ma belle-mère, le «seul homme de la Hofburg» comme disaient les chancelleries lors des troubles de 1848. Il faut avouer que ma belle-mère veillait sur lui avec dévouement, car mon pauvre beau-père n'était que médiocrement doué. Ce n'est pas pour rien qu'elle l'avait persuadé de renoncer à la Couronne en faveur de François-Joseph, lorsque son frère Ferdinand dut abdiquer! Elle avait bien vu que les Habsbourg avaient besoin de redorer leur image par du sang neuf, et que son pauvre époux n'aurait guère été à la hauteur.
 
On dit qu'à l'époque de leur mariage, mon beau-père était assez brutal... Cela ne les a pas empêché de fonder une famille de cinq enfants, quatre garçons et une fille décédée en bas-âge. Ma belle-mère, isolée dans un milieu étranger (tiens, elle aussi!) se lia alors d'amitié avec le duc de Reichstadt, le fils de Napoléon et de l'archiduchesse Marie-Louise. Cette amitié éclaira certainement ses premières années à Vienne, mais se termina abruptement par la mort du duc. Celui-ci étant décédé au moment même où naissait mon beau-frère Maximilien, il ne faut pas s'étonner que ce dernier ait été son fils préféré, son «absurde Maxl chéri» comme elle le disait si souvent... On murmure encore à Vienne que le duc de Reichstadt aurait été le père de Maximilien, mais je n'y crois guère. Ma belle-mère était trop pieuse et trop orgueilleuse pour succomber à un amour hors mariage! Je n'ai jamais été assez proche de ma belle-mère pour qu'elle me fasse des confidences sur ses sentiments, sur la mort de sa petite Anna à l'âge de cinq ans, sur la façon dont elle a vécu ce deuil avec mon beau-père. Tout ce que je puis vous dire, c'est que mon beau-père était un homme extrêmement effacé, mais assez aimé des petites gens car, comme son frère Ferdinand, il n'hésitait pas à se promener à pied dans les rues de Vienne et à entrer dans les cafés. Il avait déjà acquis cette habitude du vivant de son propre père, l'empereur François 1er, ce qui explique que ma belle-mère n'a jamais pu l'en empêcher comme elle l'a fait pour moi.
 
J'espère avoir répondu à vos attentes, chère âme. Les dissensions extrêmes entre moi-même et l'archiduchesse nous ont interdit tout échange intime. Ce que je vous raconte ici me vient donc essentiellement de bribes soutirées à Franz, à ma mère et même des vulgaires cancans de la cour. Pour une fois que les commérages s'avèrent utiles!
 
Amicalement,
 
Élisabeth