Agnès
écrit à




L'Impératrice Sissi






Véracité de l'existence de la comtesse Alexandra



Passionnée par votre histoire et votre destin, j'ai étudié tous les documents que j'ai pu rassembler à votre sujet.

Je n'ai jamais entendu parler de cette comtesse Alexandra, jusqu'à ce que je lise le roman de monsieur Besson, "Le roman de Sissi". J'aimerais savoir si une telle amie a vraiment existé et si la relation homosexuelle dont elle se flatte dans son "journal intime" est prouvée.

Dans l'attente d'une réponse de votre part,

Cordialement,

Agnès


Chère jeune amie,

Votre lettre m’a d’abord laissée perplexe, d’autant plus qu’elle fut suivie d’une série de demandes provenant de nombreux autres correspondants de Dialogus concernant cette comtesse Alexandra. J’ai donc dû demander à mes amis de Dialogus, vivant à votre époque, de faire une recherche pour moi car je nageais dans le mystère le plus total. Ils ont découvert qu’est paru récemment –récemment pour vous, non pour moi puisque je vis en 1898! un roman mettant en scène une comtesse Alexandra Von Schönburg qui aurait vécu dans mon intimité pendant des années. Vous avez bien lu, chère amie: un roman. Aucune comtesse Alexandra Von Schönburg n’a vécu dans mon entourage, ni en Bavière, ni en Autriche. L’auteur semble vouloir concentrer sur une seule personne les rôles qu’occupent auprès de moi ma chère Ida Ferenzcy et ma dame d’honneur et amie Marie Festetics, mais en exagérant grandement l’intimité de ces relations. Cet auteur a si peu de respect pour moi qu’il me présente, paraît-il, dans une relation quasi-saphique avec cette pseudo-comtesse. J’avoue avoir été un peu dégoûtée d’apprendre que ces clabaudages ont perduré jusqu’à votre époque. De mon entourage viennois, je ne m’étonne plus de rien: étant donné qu’on n’a pu me trouver aucun amant, on m’a imaginé des liaisons féminines, notamment avec Élisa Petzold, une écuyère de cirque fort convenable qui m’enseignait les techniques équestres de haute école. Mais je n’aurais jamais imaginé que des gens de votre époque, qui ont accès aux archives, à ma correspondance et à divers témoignages, continueraient de colporter ce ragot immonde. À part ces détails, j’ignore le contenu précis de ce roman, chère amie, ne pouvant le lire puisque plus d’un siècle me sépare de vous, mais je vous demanderais simplement de le prendre pour ce qu’il est: un roman.

Amicalement,

Elisabeth