Mireille
écrit à




L'Impératrice Sissi






Un petit bonjour



Bonjour Sissi,
 
Je viens un peu bavarder avec vous via Internet, cet outil si utile qui nous permet de nous retrouver toutes deux.

Je rentre de vacances, j'étais cette année dans les Dolomites, encore un peu chez vous... puisque j'ai appris que Bolzano, où je séjournais avait appartenu très longtemps aux Habsbourg. Je m'y suis beaucoup plue et j'ai retrouvé beaucoup de similitudes avec notre chère Autriche. C'est d'ailleurs pour cela que je m'y suis sentie si bien. J'ai pu reconnaître et apprécier différents aspects typiquement autrichiens: les jolies maisons fleuries et peintes de couleur pastel, les fleurs partout, et la propreté de la ville. Je me sentais presque «à la maison». J'ai également, bien entendu, pu admirer la montagne, ces Dolomites qui sont pleines de charme et suis montée jusqu'à 2950m au Sass Pordoï. Cela a été pour moi un vrai défi car là, mon asthme ne m'a pas tracassée et j'ai pu admirer de très haut, tous les sommets devant moi. Il y avait même des flocons de neige pour agrémenter le tout. Si bien que j'avais de la peine à partir. Moi aussi, tout comme vous, j'aime la montagne, ayant fait des randonnées il y a quelques années. Je dois vous avouer que j'aurais bien chaussé de grosses chaussures de marche pour arpenter les sentiers que nous avons rencontrés. J'ai pu aussi faire le tour de plusieurs lacs et cela m'a procuré un grand plaisir. Je suis allée visiter Merano, que vous connaissez aussi, puisque vous y avez votre jardin qui mène aux promenades d'hiver et d'été. Je suis allée vous rendre visite et ai fait une prière pour vous devant votre statue. Vous étiez ainsi avec moi. C'est une très belle ville thermale où la vie devait couler doucement. J'aurais bien voulu la connaître à votre époque.

J'ai eu aussi quelques moments de nostalgie et de larmes. J'étais partie «seule» bien qu'en groupe. Mes chers amis, qui sont en quelque sorte mes parents bis, n'avaient pas pu m'accompagner. Ils m'ont beaucoup manqué. Mon père chéri m'a beaucoup manqué aussi et je pleurais souvent en pensant à son éternelle absence. Le soir, après le repas, je partais marcher vingt minutes environ, seule et je pleurais. Personne ne m'entendait. Cela m'a curieusement fait du bien. Et le dernier jour, à Merano, j'ai fait une prière devant la Piéta qui se trouve dans la cathédrale St Nicolas, et ai mis un cierge pour mon père. Une chorale a commencé à chanter l'Ave Maria et je me suis mise à pleurer. J'ai dû sortir rapidement, mais personne n'a rien remarqué, heureusement. Très souvent, je pense à lui et je sais qu'il sera toujours à mes côtés. C'est un réconfort auquel je me rattache lorsque je rencontre des moments difficiles. Je sais que je prêche une convaincue, vous qui avez connu tant de deuils cruels. Je suis heureuse de pouvoir vous dire tout cela aujourd'hui et cela me fait du bien, vous qui êtes mon amie et à qui je ressemble tant.

Ma mère a toujours beaucoup d'hostilité envers moi et sa vie est maintenant axée uniquement sur elle et j'ai l'impression de ne plus en faire partie. Cela me fait de la peine, mais je n'y peux pas grand chose. Le deuil de mon père nous a séparées un peu plus...

J'espère que vous allez bien et que vos voyages se passent bien.

Je vous quitte pour aujourd'hui. À bientôt Sissi. Je vous embrasse.

Mireille


Bien chère Mireille,
 
C'est avec un peu de confusion que je prends connaissance de vos deux lettres en même temps. Un spleen incroyable m'a saisie et m'a empêchée de m'intéresser pendant plusieurs semaines à ma correspondance, y compris celle avec les âmes du futur. Marie Festetics et ma douce Ida avaient beau tenter de me raisonner, rien n'y faisait. Il faut dire que chaque fois que je vois le Docteur Metzger, spécialiste de la sciatique, à Amsterdam, je ressors de sa cure mélancolique et toute nerveuse, malgré le bien qu'il arrive à me faire physiquement. Il m'a trouvée vieillie et ridée...
 
Mais cessons de parler de moi. Ces jours de ténèbres sont désormais derrière moi. Ne reste que la tristesse profonde qui m'habite jour après jour, mais avec laquelle j'ai appris à vivre. Comme vous l'apprendrez vous aussi, chère Mireille. Certaines douleurs ne meurent jamais, certaines pertes ne peuvent jamais être compensées, et la douleur devient partie de celui qu'elle tourmente. Achille chérissait son deuil plus que sa vie, voilà sans doute ma plus grande ressemblance avec lui. Le monde a parfois du mal à comprendre ces douleurs qui nous habitent, chère amie. Il faut parfois apprendre à porter un masque, ainsi que je le fais avec mon époux. Il en arrivait à s'impatienter, à être désagréable devant mon chagrin qui ne voulait pas s'éteindre; j'ai donc appris à régler mes humeurs aux siennes afin de pouvoir continuer à communiquer avec lui. Ainsi en est-il peut-être de votre mère, chère Mireille; peut-être la vue de votre peine ajoute-t-elle à sa propre perte, et cela l'éloigne de vous car elle veut éviter les occasions de chagrin. Ce n'est qu'une hypothèse, bien entendu, mais pour avoir vécu le même genre de chose avec Franz, je crois que c'est une explication qui pourrait valoir pour votre maman.
 
Comme vous, c'est dans la nature que j'oublie mes déchirures. Un beau paysage est un poème de Jéhovah; nul peintre, nul poète ne pourra jamais faire mieux. Aucune forêt, aucune montagne ne vous blessera jamais. Et si un jour les vagues de la Baltique ou de la Méditerranée voulaient bien m'engloutir, c'est avec bonheur que je me laisserais fondre dans les bras de la mer. Mourir près de la mer, en pleine nature, en pleine liberté, quelle délivrance ce serait! Et loin des miens, pour leur éviter le chagrin et le spectacle d'une longue agonie... J'ai encore en mémoire la mort de ma belle-mère Sophie, ces interminables sursauts d'espoirs suivis de rechutes, les cris de douleur de ma pauvre sœur Hélène, la mémoire envolée de ma mère bien longtemps avant que Dieu ne la rappelle à Lui... Oui, la vie est parfois une bien vilaine chose dans laquelle rien n'est certain que la mort.
 
Au fond, je ne vis qu'entre deux voyages. À peine suis-je sur le chemin du retour de l'un deux que je planifie déjà le suivant. Lorsqu'on porte l'insatisfaction et l'agitation en soi, seul le mouvement rend tout cela plus supportable: c'est pourquoi je suis toujours entre deux trains, entre deux bateaux. Ce n'est que pour mes chéris de Vienne que je consens parfois à défaire mes malles pour quelques mois. Ici, à Ischl, mon pauvre époux peut enfin déposer quelques jours le lourd fardeau de l'Empire, chasser, se détendre, et j'essaie d'avoir l'air plus apaisée afin de ne pas gâcher son séjour. Je vois de ma fenêtre le Jainzen, ma montagne magique sur laquelle j'ai fait élever un petit monument pour l'amour de ma fille, un peu avant son mariage. Elle doit arriver bientôt, avec ses enfants: je vais donc fermer ma lettre, chère Mireille, pour aller accueillir ma Kedvesem à la gare, mais je suis certaine que nous nous retrouverons bientôt.
 
Que le Grand Jéhovah déploie ses ailes protectrices sur vous, chère Mireille.

Sincèrement,
 
Elisabeth


Bonjour Sissi,
 
Je viens de recevoir votre message et je m'empresse d'y répondre. Tout d'abord, laissez-moi me voir désolée de vous savoir envahie d'un spleen que je comprends très bien. J'espère vraiment que vous parviendrez à reprendre le dessus et à moins voir la vie dans toute sa noirceur, bien qu'elle ne soit pas toujours très douce, ce que je regrette vraiment et sincèrement.

Je m'aperçois que nous avons vraiment des points en commun et vous avez raison, en ce qui concerne ma mère. Peut être suis-je, de mon côté, trop enfoncée dans mon deuil pour mon père et que je ne remarque pas son chagrin; et elle, de son côté, ne comprend pas à quel point mon père me manque parce qu'il lui semble qu'il ne manque qu'à elle... d'où l'incommunicabilité qui existe entre nous. Elle a eu des paroles extrêmement dures et difficiles à entendre pour moi, m'avouant par exemple qu'elle ne m'avait jamais aimée. En fait, je ne demandais que l'amour qu'elle n'a pas su me donner. Aussi me suis-je tournée vers l'amitié affectueuse et importante que m'offrent Claudette et Jean, mes parents bis. J'ai ressenti auprès d'eux tout ce que je n'avais pas eu avec mes vrais parents, et j'ai même désormais avec Claudette des relations mère-fille. Des petits mots doux, des gestes tendres, tous ces petits riens qui font que le bonheur s'installe et dure. Je pense que vous comprenez ce que je veux dire. C'est aussi pour cela que je suis si heureuse de notre relation privilégiée. J'ai la sensation unique d'avoir trouvé une amie en vous et c'est très important pour moi.

Il y a trois ans, je suis devenue bénévole au sein de la SPA de Marseille. C'est une association qui s'occupe des animaux malheureux, abandonnés par leur maître. Cela me fait énormément de bien car je lis dans les yeux de ces chiens, que je sors toutes les semaines, toutes les plus belles choses, plein d'espoir et tellement d'amour! J'ai eu, en mai, la douleur immense de perdre un petit chien que j'avais fait adopter par des maîtres aimants qui l'ont adoré durant deux années. Pour moi, Benji était un peu mon chien. Il n'avait qu'un œil mais que de choses douces y ai-je lues! Je sais qu'à présent c'est du ciel qu'il me regarde.
Travailler dans ce centre, c'est une véritable thérapie anti-égoïsme, car ils ont tellement à recevoir...

J'espère vraiment que vous aurez un peu de temps pour m'écrire car c'est toujours avec beaucoup de plaisir que je vous lirai et que je vous répondrai. Merci aussi pour votre phrase concernant Jéhovah et sa prière pour moi. Cela me touche beaucoup.

En attendant, je vous embrasse.

Amicalement,

Mireille


Chère Mireille,
 
C'est avec une grande compassion que j'ai lu vos nouvelles concernant la santé de votre maman. Moi qui ai vu partir tant des miens, parfois même dans mes bras comme ce fut le cas pour ma chère sœur Hélène, je puis comprendre votre douleur et ne puis malheureusement vous apporter d'autre support que de prier pour vous le Grand Jéhovah de vous prendre sous son aile, vous et votre mère, pour vous aider à traverser ces grandes épreuves. Je suis de tout cœur auprès de vous, n'en doutez pas.
 
Quant à ce que vous me dites de cette impression de déjà-vu ou de déjà-connu, je ne suis pas celle qui pourra trouver vos idées ridicules ou saugrenues... Avec les doutes que d'aucuns ne manquent pas de manifester concernant ma santé mentale, je serais bien gauche de juger celle des autres! D'ailleurs, cela ne me semble ni étrange, ni impossible. Une âme-sœur n'est pas uniquement destinée à l'amour, nos échanges au-delà des siècles me le prouvent aisément. Ainsi, si vous avez trouvé sur votre route quelqu'un avec qui vous vous entendez bien, et que cette entente semble dater d'il y a des années, n'essayez pas de comprendre et vivez sans plus vous interroger le moment présent, puisqu'il vous apporte le réconfort. Qui sait ce que cette amitié saura vous apporter dans les épreuves que vous traversez, chère Mireille!
 
Je souhaite de tout cœur que la vie vous apporte le réconfort que vous méritez, chère amie. Entretemps, je demeure là, prête à vous écouter, bien que je doute que mon caractère profondément chagrin puisse vous apporter le moindre soulagement. Néanmoins, vous trouverez toujours en moi une personne attentive, et qui saura comprendre vos moindres chagrins, les ayant malheureusement presque tous déjà traversés avant vous.
 
Amicalement,
 
Élisabeth


Bonjour Sissi,
 
C'est avec un peu de retard que je réponds à votre dernière lettre, bien reçue, et qui m'a fait, comme d'habitude, très plaisir. J'espère vraiment que vous allez bien et que le spleen que vous connaissiez alors s'est envolé. Je me reconnais vraiment en vous, Sissi. Nous avons tellement de points en commun! et nous aimons les mêmes choses, tout en ressentant les mêmes sentiments. Comme vous, les voyages me permettent de mieux appréhender la vie que je mène et qui n'est guère rose. La santé de ma mère s'est énormément dégradée et elle est actuellement dans une clinique qui ne m'a guère laissé beaucoup d'espoir sur le temps qu'il lui reste à vivre. Six mois tout au plus. Elle est dans un état lamentable, sous assistance respiratoire en permanence, et avec dix à quinze minutes de lucidité par heure. Mon moral est assez bas car deux deuils rapprochés sont assez difficiles à envisager. Pourtant je n'y puis rien.

Je voudrais vous poser une question, Sissi. Croyez vous que l'on puisse rencontrer des personnes et avoir l'impression de les connaître depuis très longtemps? C'est ce qui m'est arrivé avec Claudette et Jean, les chers amis que je considère comme mes parents, ces parents que j'aurais tant voulu avoir... Cette sensation, je l'ai ressentie à nouveau deux ans après. Celui que j'ai rencontré alors, de simple étranger, est très vite devenu le meilleur de mes amis, mon alter ego en quelque sorte. Il m'a confié ce qu'avait été sa vie avant notre rencontre. Pour moi, c'était très curieux et je n'avais jamais connu ça avant. Une impression de «déjà rencontré avant ou dans une autre vie». Tout cela Sissi, je ne l'ai jamais dit à qui que ce soit, de crainte de paraître un peu ridicule, mais je suis très contente de vous en parler aujourd'hui et d'avoir sans doute votre avis.

Je suis fière également que nous soyons amies.

Je vous embrasse, amicalement,

Mireille

Chère Mireille,
 
C'est avec une grande compassion que j'ai lu vos nouvelles concernant la santé de votre maman. Moi qui ai vu partir tant des miens, parfois même dans mes bras comme ce fut le cas de ma chère soeur Hélène, je puis comprendre votre douleur et ne puis malheureusement vous apporter d'autre support que de prier pour vous le Grand Jéhovah de vous prendre sous son aile, vous et votre mère, pour vous aider à traverser ces grandes épreuves. Je suis de tout coeur auprès de vous, n'en doutez pas.
 
Quant à ce que vous me dites de cette impression de déjà-vu ou de déjà-connu, je ne suis pas celle qui pourra trouver vos idées ridicules ou saugrenues... Avec les doutes que d'aucuns ne manquent pas de manifester concernant ma santé mentale, je serais bien gauche de juger celle des autres! D'ailleurs, cela ne me semble ni étrange, ni impossible. Une âme-soeur n'est pas uniquement destinée à l'amour, nos échanges au-delà les siècles me le prouvent aisément. Ainsi, si vous avez trouvé sur votre route quelqu'un avec qui vous vous entendez bien, et que cette entente semble dater d'il y a des années, n'essayez pas de comprendre et vivez sans plus vous interroger le moment présent, puisqu'il vous apporte le réconfort. Qui sait ce que cette amitié saura vous apporter dans les épreuves que vous traversez, chère Mireille!
 
Je souhaite de tout coeur que la vie vous apporte le réconfort que vous méritez, chère amie. Entretemps, je demeure là, prête à vous écouter, bien que je doute que mon caractère profondément chagrin puisse vous apporter le moindre soulagement. Néanmoins, vous trouverez toujours en moi une personne attentive, et qui saura comprendre vos moindres chagrins, les ayant malheureusement presque tous déjà traversés avant vous.
 
Amicalement,
 
Elisabeth

Chère Sissi,
 
J'ai bien reçu votre dernier message qui m'a fait très plaisir et m'a beaucoup touchée. Je m'excuse de n'y avoir pas répondu plus tôt, mais le temps m'a manqué. En effet, le 18 novembre, j'ai eu la douleur de perdre ma mère, qui s'est éteinte au terme d'une fin de vie difficile. J'ai eu beaucoup de mal à accepter la nouvelle, malgré les relations tendues qui étaient les nôtres. À présent, je me sens tellement seule, orpheline à cinquante ans, et remplie de souvenirs qui se bousculent dans ma tête. Le décès de ma mère, bien qu'inévitable, n'a fait que ranimer le deuil qui était le mien depuis le départ de papa. Onze mois à peine et les voici réunis pour l'éternité.

Je suis le dernier membre de la famille à porter mon nom, et aussi celle qui se souviendra de tant de moments heureux et tristes. Je sais que vous me comprenez, vous qui êtes passée par de si tragiques deuils, Sissi. C'est pour cela que je me permets de vous raconter mes états d'âme. Depuis les trois dernières semaines, je me suis attelée à une tâche énorme: celle de vider leur appartement pour le vendre. Je ne peux en effet envisager d'y habiter moi-même, car trop de souvenirs néfastes y sont liés. Faute de parents, j'ai à présent des amis qui m'ont beaucoup soutenue et ont été d'une touchante affection en cette douloureuse circonstance.

J'ai bien lu, dans votre message, le passage concernant la question que je vous posais, à savoir ce que vous pensiez du fait d'avoir l'impression de connaître des gens depuis des années, alors qu'en fait on ne les connaît que depuis peu de temps. La réponse que vous y apportez est très logique et je vais m'employer à l'appliquer: profiter de ces gens-là et du bienfait qu'ils m'apportent.

Merci d'être mon amie, Sissi. Cela me fait un bien fou.

Amicalement, je vous embrasse. À bientôt!

Mireille

Chère Mireille,
 
La nouvelle que vous m'annoncez est bien triste, si peu de temps après le départ de votre père. Ainsi que vous le dites, voici vos parents réunis pour l'éternité. Les morts n'ont plus d'attentes, plus de peines, plus rien à redouter... Tout cela est laissé aux vivants et il faut nous résigner jusqu'au moment où nous passerons nous-mêmes de l'autre côté du miroir.
 
Je connais cette douleur, chère Mireille, et les mots me manquent pour vous apporter le réconfort dont vous avez très certainement besoin. Je sais que les mots, même venant d'un cœur sincère, n'ont que peu de poids devant certaines blessures. Je me contenterai donc de vous dire que je suis tout avec vous, très chère amie, et que je vous serre contre mon cœur. Un cœur bien usé, mais encore capable de compassion devant un chagrin aussi profond.
 
Sincèrement,
 
Élisabeth

Bonjour Sissi,

J'ai bien reçu votre dernier message et j'ai tardé à y répondre, excusez-moi.

Malheureusement, j'ai connu de très mauvais jours avec le décès de ma mère le 18 novembre dernier, onze mois juste presque jour pour jour après celui de mon père chéri. Elle a fini sa vie dans la douleur et pour moi cela a été un soulagement. Je n'ai pas pu pleurer ni exprimer la moindre émotion lors de son décès. Peut-être suis-je un monstre de cruauté, mais ma mère avait été, depuis très longtemps, méchante avec moi et ne me considérait qu'avec mépris. Elle m'a même dit peu avant sa disparition qu'elle ne m'avait jamais aimée, que je n'étais pas l'enfant qu'elle avait souhaité... J'ai tout de même tout fait pour elle, jusqu'au bout. Puis, j'ai eu des moments difficiles avec les démarches pour la succession. Le notaire m'a alors dit que ma mère avait décidé de donner une partie de ses biens à un cousin bien-aimé, le fils qu'elle n'avait jamais eu. J'ai ressenti alors un immense vide, une sorte de trahison et là j'ai commencé à beaucoup pleurer et à me demander pourquoi ma mère avait pu me faire ça.

À présent, j'ai commencé à reprendre le dessus et j'ai appris que mon père avait souscrit pour moi, à sa banque, une assurance-vie pour me prémunir contre le besoin. Il avait pensé à tout, mon papa chéri. Lui au moins a pensé à moi et n'a rien fait pour me détruire. Je peux à présent vendre l'appartement de mes parents seule car mon «colégataire» ne veut pas s'en occuper. L'argent qui lui est dû lui sera versé directement par le notaire et je n'aurai plus rien à faire avec lui. Je vais passer une annonce sur internet afin de trouver un acquéreur et lui remettre les clefs en main propre. Je crois que mon tourment s'arrêtera ce jour-là. Puis, je chercherai un appartement ou une maison à acheter, un chez moi, comme j'en rêve depuis si longtemps... Actuellement, je suis à la recherche d'un emploi, et j'avoue que cette inactivité involontaire m'aide pour mes démarches, mais j'espère aussi trouver un travail rapidement car j'en ai besoin.

Merci aussi de vos conseils concernant le fait de profiter des amis «que je ne connais pas depuis longtemps et pour lesquels j'ai l'impression d'être une vieille connaissance». C'est ce que je vais faire, promis. Ils sont si précieux et leur attitude lors des événements que j'ai connus a été très chaleureuse et si pleine d'affection. Bien qu'absents aux obsèques, ils se sont montrés très présents par leur soutien moral. C'est très important pour moi. Je suis sûre que vous les aimeriez aussi. D'ailleurs, je leur parle si souvent de vous qu'ils savent l'admiration sans borne que je vous porte. D'où mon surnom de «Mireille Sissi» pour Claudette et Jean et de «Sissi», tout court, pour Pascal...

Cette année, je partirai en vacances pour une semaine dans le nord de la Bretagne que je ne connais pas. Un retour aux sources, puisque mon père, ou plutôt mon grand-père en était natif. Puis, l'année prochaine, je pense retourner en Autriche, décidément ma seconde patrie, pour la nostalgie et le bonheur de retrouver votre pays. Je m'y sens chez moi aussi!

J'espère que vous allez bien et que vos voyages de par le monde se passent au mieux. Je m'excuse d'avoir inondé mon courrier de mes problèmes mais je suis tellement fière que nous soyons amies! Je suis très fière d'être votre amie et «votre âme sœur» comme vous le dites si bien. Nous nous ressemblons beaucoup et je trouve ça merveilleux.

À bientôt, pour des nouvelles. Je vous embrasse affectueusement,

Mireille


Chère Sissi,
 
Cela fait bien longtemps que je ne vous ai pas donné de mes nouvelles, et je vous prie de m'en excuser. Le temps a passé trop vite avec ses joies et ses peines. Ce n'est pas pour cela que je vous ai oubliée, vous, l'excellente amie que vous êtes.

Je reviens d'Autriche où j'ai passé dix jours d'exception, chez vous, Sissi! J'ai retrouvé celui qui est aussi mon pays, tant je m'y sens bien et «chez moi». J'ai visité Innsbruck, Salzbourg et bien sûr Vienne, ma capitale préférée. Bien sûr je connais déjà, mais c'est toujours avec un immense plaisir que j'y reviens... J'ai fait la connaissance cette année du musée qui vous est consacré, dans le palais de la Hofburg et qui retrace avec beaucoup d'émotion ce qui a été votre vie sur cette terre, avec des photos, vos objets préférés... mais au fond de moi, je sais que vous n'auriez pas été d'accord pour que l'on expose ce qui vous appartenait. Mais j'avais joué la carte de l'émotion et je vous devais cette visite. Peu de temps imparti durant mon circuit et pourtant il fallait que je vous rende hommage par cette visite. Pour le côté émotion, j'ai eu mon lot de larmes, bien que peut-être vous n'auriez pas apprécié me voir m'effondrer en sanglots, lorsque j'ai découvert votre tombeau dans la crypte des capucins. Vous reposiez là, sous mes yeux et mes larmes étaient très sincères lorsque, après ma prière, je vous ai souhaité de reposer en paix. Je n'ai d'ailleurs pas pu en voir plus et je suis sortie pour sécher mes yeux, mais je vous devais cet hommage, même s'il a été bouleversant pour moi. J'aurais bien voulu que vous soyez à mes côtés, vous m'avez manqué....

Mon retour en France s'est passé dans la nostalgie de l'Autriche. Je réalise que ma vie est peut-être faite pour y habiter. Qui sait! mes origines sont là-bas, je ne peux pas les nier. D'ailleurs, je suis fière de dire que nos origines sont communes, c'est sans doute pour cela aussi que nous nous entendons si bien, hormis bien sûr notre caractère et notre envie de voyager, sans doute pour fuir ce que nous n'aimons pas dans la vie que nous menons.

J'espère que vous pourrez me répondre, je vous lirai avec toujours autant de plaisir.

À bientôt et bien amicalement. Je vous embrasse,

Mireille


Bien chère Mireille,
 
Je profite de ces quelques jours à Ischl, une pause entre deux départs, pour répondre à vos deux dernières lettres en même temps... Comme vous le dites vous-même, le temps passe bien vite, les jours s'écoulent et on se rend compte tout à coup que l'on a beaucoup de courrier en retard! C'est à moi de m'excuser de mon retard à vous répondre, chère Mireille.
 
Je vois que le temps a fait pour vous son œuvre réparatrice. Vous avez choisi la même solution que moi: le voyage, quitter un lieu où on ne rencontre que chagrin et tracasseries de toutes sortes pour un autre où on peut fuir les autres et parfois même se fuir soi-même. Il est tout de même curieux que vos pas et votre cœur vous amènent en Autriche, en souvenir de moi dites-vous, alors que c'est le lieu sur terre d'où je désire m'éloigner la plus grande partie de l'année! Si jamais je survis à Franz -ce que je ne souhaite absolument pas- je ne deviendrai en rien une douairière confinée dans sa chambre de la Hofburg, croyez-moi! Je crois bien que l'Autriche ne me reverra plus guère, sinon pour visiter de temps à autres ma kedvesem dans son nid d'hirondelles...
 
J'ai demandé un jour à être enterrée au bord de la mer, mais depuis la mort de Rodolphe, j'aspire à reposer près de lui, dans la Crypte des Capucins. Juste sous la fenêtre d'où on entend pépier les moineaux... Ne soyez pas triste pour moi en pensant à mon tombeau. Une si vieille fatigue, songez donc quand on en voit enfin le bout...
 
Je vous souhaite la paix de l'âme, chère Mireille. Puissiez-vous la trouver dans vos voyages, mais aussi dans votre foyer, là où je n'ai jamais réussi à la trouver pour moi-même.
 
Sincèrement,
 
Élisabeth