Denise
écrit à

   


L'Impératrice Sissi

     
   

Une vie plus simple

   

Bonjour,

Je m'appelle Denise, j'ai 26 ans et je vis en Alsace. Tout d'abord, pardonnez-moi, Votre Majesté, si je vous parais un peu directe, mais je dois avouer que je ne connais pas du tout les habitudes de la cour, étant une simple ouvrière. J'ai lu récemment l'histoire de votre vie et je dois dire que vous avez vraiment eu du courage et du mérite avec tous les malheurs qui vous sont arrivés. Pendant ma lecture, j'avais envie de remonter le temps pour venir vous soutenir et vous défendre contre votre belle-mère qui a été décrite comme odieuse avec vous. Je comprends pourquoi vous aimiez tant partir en voyage, moi-même je suis comme ça, je voyage dès que je peux. Je reviens récemment de Nouvelle-Zélande, les paysages et la vie y sont tellement magnifiques que je suis sûre que cela vous aurait plu. Mais, excusez-moi, je m'étale à raconter; si je vous écris aujourd'hui, c'est parce que j'ai une question.

Si l'on vous redonnait l'occasion, aujourd'hui, en sachant tout ce qui vous est arrivé dans votre vie, est-ce que vous feriez le choix de devenir impératrice d'Autriche ou est-ce que vous choisiriez une vie plus simple?

Je vous remercie d'avance pour la réponse et encore mille excuses si je ne me suis pas adressée à vous comme il le fallait.

Denise



Chère Denise,

Tout d’abord, rassurez-vous. Votre façon de vous adresser à moi est tout à fait correcte et respectueuse. Je préfère que l’on s’adresse à moi simplement, mais amicalement et sincèrement, plutôt qu’en me donnant de la «Majesté» à tort et à travers tout en clabaudant à mon sujet quand j’ai le dos tourné.

Me «redonner» le choix, dites-vous? Encore faudrait-il que je l’aie déjà eu, à quelque moment que ce soit! Et là est tout le drame, chère enfant, je n’ai jamais eu le choix! Oh certes, les formes furent respectées, on me demanda bien mon avis et Franz insista pour que l’on ne fasse aucune pression sur moi, sachant bien le fardeau qui attendait sa future femme. Mais le moyen de refuser, lorsque la demande d’un empereur amoureux vous est présentée par votre propre mère qui elle, fut mariée de force et sans amour? «On n’envoie pas promener un empereur d’Autriche», affirmait-elle.  L’idée ne m’est même pas venue à l'esprit.

Si j’avais eu le choix... Mais les princesses, en général, n’ont pas le choix. Leur sort est même souvent bien moins enviable que le mien, puisqu’elles sont ordinairement mariées contre leur gré, à des hommes qu’elles n’ont jamais vus et avec lesquels aucune forme d’amour ou même de simple tendresse ne s’installera jamais. Je ne crois pas que j’aurais pu faire d’autre choix; tel était ma destinée, que je le voulusse non. J’aurais évidemment préféré que Franz ne fut qu’un simple tailleur, l’attirance que j’éprouvais pour lui aurait alors pu s’épanouir en amour véritable plutôt que d’être comprimée, opprimée et finalement détruite par les tracasseries d’une femme aigrie et d’une Cour que j’exècre.

Amicalement,

Élisabeth