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Ma très chère Élisabeth,
Je me permets de vous écrire pour
prendre de vos nouvelles. Où êtes-vous en ce moment?
Voyagez-vous
encore? Et Franz, où est-il? Et votre maman et papa, où
sont-ils?
Vivent-ils seuls?
Pourriez-vous me répondre?
Merci.
Chère Nina,
Présentement, je me trouve à Ischl, comme chaque
été. Nous y avons fêté l'anniversaire de
Franz avec Valérie et ses enfants, un heureux dérivatif
dans notre quotidien si terne...
Je voyage toujours, tant pour ma santé physique que mentale. Les
médecins me prescrivent des cures et un climat doux car,
semble-t-il, ils ont découvert un petit problème avec mon
cœur. Rien de grave, un peu d'arythmie, mais un changement d'air me
fera le plus grand bien, et j'ai également besoin de traitement
pour ma sciatique. Je dois également partir pour ma propre paix
intérieure et celle de Franz. Ma présence
prolongée ne lui vaut rien, mon chagrin et mon pessimisme
finissent par lui porter sur les nerfs; nous nous supportons beaucoup
mieux à distance, comme en fait foi notre imposante
correspondance.
Mes parents sont décédés tous les deux. Mon
père en 1888 et ma mère il y a six ans
déjà, en 1892. Ma mère surtout me manque
terriblement. Possenhofen, où je pouvais la retrouver au salon,
un Loulou blanc sur les genoux, n'est plus un refuge, la mémoire
presque envolée... Le fauteuil est vide, mes souvenirs d'enfance
n'ont plus aucun sens.
Sincèrement,
Élisabeth
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