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Sissi,
Depuis toute petite je suis fascinée par toi. J'aurais tant
aimé te rencontrer, discuter avec toi! Petite je voulais tant te
ressembler!
Sache que je pense beaucoup à toi.
Il y a une chose que j'aimerais, c'est que tu me racontes ta vie, tes
amours.
À bientot, j'espère.
Laura
Chère Laura,
Vous raconter ma vie serait très long, et surtout très
triste. Je vous suggère fortement de lire quelques-unes des
lettres parues sur ma page de Dialogus; vous en apprendrez ainsi
beaucoup sur moi, et m’éviterez de me répéter ou
de me rappeler des souvenirs douloureux. Quant à mes amours…
"Je ne veux pas d’amour
Je ne veux pas de vin
Le premier fait mourir
Et le second, vomir!"
Mes amours ne furent jamais que des engouements passagers, des feux de
paille ou des jeux de l’esprit. Mon amour pour Franz n’était
qu’un béguin d’adolescente romanesque destiné à
s’écrouler à la première déception.
Andràssy ne fut pour moi qu’un très grand ami, une
amitié d’autant plus précieuse qu’elle n’était
justement pas empoisonnée par l’amour. Et Louis… Louis II de
Bavière était pour mon un reflet, mon pendant
féminin, celui avec qui je pouvais partager la moindre
pensée. Nos âmes avaient une part étroite dans la
haine commune contre toute injustice et contre toute bassesse. Une
sorte d’âme soeur, l’élan charnel en moins. Depuis sa
mort, c’est un peu comme si je passais devant les miroirs sans y voir
mon reflet; image troublante.
L’aigle des montagnes avait choisi de s’isoler des hommes
insupportables et ils ne l’ont pas compris. Et ce que les hommes ne
comprennent pas, ils le nomment folie. Ainsi en usent-ils avec moi,
depuis moultes années. Il n’est pas une semaine sans que les
journaux ne parlent du déplorable état mental de
l’impératrice d’Autriche. Voilà ce que c’est que l’amour
des hommes: qu’il s’agisse de me regarder moi ou le singe qui joue de
l’orgue de Barbarie, ils se précipitent de la même
façon pour voir. La seule chose qui me surprenne encore, c’est
de voir quelqu’un dire ou écrire du bien de moi.
Amicalement,
Élisabeth
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