Sandrina
écrit à




L'Impératrice Sissi






Une connaissance



À Saint-Ouen, le 19 novembre 2007

Chère impératrice Sissi,

Je suis très contente d'avoir choisi de vous écrire parce que vous êtes une très belle femme. J'ai été surprise d'apprendre que vous aviez trois frères et quatre soeurs. Mais vous ne me connaissez pas: je vais me présenter. Je m'appelle Sandrina Ducleron, j'ai quatorze ans, je suis d'origine haïtienne, j'ai deux grands frères, je suis la dernière de la famille. J'aime beaucoup la musique et chanter, puis danser.

Maintenant que vous me connaissez bien, à moi de vous poser des questions. Pour une impératrice comme vous, pourquoi faisiez-vous du sport? Vous étiez très mince à l'époque. Pourquoi vous surnomme-t-on Sissi? Vos prénoms sont très beaux mais j'aime bien Sissi. Ça vous fait quoi d'être née la veille de Noël? Vos parents devaient être heureux d'avoir un enfant la veille de Noël, c'est un gros cadeau! Où habitez-vous? Est-ce que vos enfants vous ressemblent? Oh! la! la! Je pose trop de questions. Bon, aujourd'hui je vais m'arrêter là.

Veuillez agréer, madame l'impératrice, l'expression de ma respectueuse considération,

Sandrina, élève du collège Michelet, quatrième année


Chère Sandrina,
 
Vous avez effectivement beaucoup de questions! Mais elles me sont posées de si charmante façon que c’est avec grand plaisir que je tenterai de satisfaire votre curiosité.
 
Dans ma famille, nous avions la manie des surnoms. Notre famille n’est d’ailleurs pas la seule, je sais que les surnoms sont également fort utilisés dans l’entourage de la reine Victoria. J’ai été surnommée Sissi dès ma plus tendre enfance. Je ne sais si c’est une idée de ma mère, de mon père ou tout simplement de mon frère Louis ou de ma sœur Hélène, qui trouvaient peut-être difficile, alors qu’ils étaient encore enfants, de m’appeler «Élisabeth». Hélène était surnommée «Nené», ma sœur Mathilde «Spatz» («moineau » en allemand, car elle jacassait sans cesse comme une petite pie!), mon frère Charles-Théodore était surnommé «Gackel», c’est-à-dire «petit coq» à cause de son mauvais caractère, et nous appelions «Mapperl» mon frère Max-Emmanuel, une forme de contraction de son prénom. Seuls Louis, Marie et Sophie ont échappé à la manie des surnoms (bien que Sophie ait été appelée de bien d’autres prénoms que le sien par notre cousin Louis II de Bavière, à l’époque de leurs brèves fiançailles). Même dans la famille de ma mère, on utilisait des surnoms. Ma mère, qui s’appelait Ludovica, était souvent appelée «Louise», la version française de son prénom par ses soeurs. Ma tante Élisabeth était le plus souvent appelée Élise, mon époux François-Joseph était «Franzi» pour sa mère et «Franz» pour moi, et mon beau-frère Maximilien était toujours appelé «Maxl».

Outre le surnom de «Franz», mon époux s’est octroyé à lui-même le surnom de «Pokà», c’est-à-dire «dindon» en hongrois, car il se compare lui-même à un dindon dans une basse-cour lorsqu’il doit faire face aux innombrables réclamations des différents peuples qui composent l’Empire. Ma fille et moi le surnommons d’ailleurs affectueusement Pokà lorsque nous parlons de lui…
 
Ma naissance, la veille de Noël, a fait davantage impression sur mon entourage que sur moi-même. J’avoue avoir tiré davantage de fierté d’être née un dimanche. J’ai toujours considéré que cela faisait de moi quelqu’un de privilégié, quelqu’un qui aurait un lien tout spécial avec la divine Providence.
 
         «Je suis une enfant du dimanche, une enfant du soleil
         Ses rayons d’or au trône m’ont conduite
         De sa splendeur fut tressée ma couronne
         Et c’est en sa lumière que je demeure.
»
 
Le seul de mes enfants qui me ressemblait vraiment était mon fils Rodolphe. Il me ressemblait probablement trop, c’est pour cela que nous nous évitions, afin de ne pas nous heurter; nous avions la même sensibilité à fleur de peau, la même passion pour les causes qui nous tenaient à cœur, la même susceptibilité. Il est le seul à avoir hérité de mes yeux noisette, mes deux filles sont blondes aux yeux bleus et ressemblent énormément à leur père. Ma petite fille Sophie, morte à deux ans, semblait bien devoir me ressembler, mais elle m’a été enlevée trop jeune pour que cette impression puisse être vérifiée.
 
La mort de ma petite Sophie, celle de mon fils Rodolphe, et bien d’autres choses encore m’ont fait détester la vie de la cour, Vienne, et en général ma vie d’impératrice. Voilà pourquoi j’ai tenté d’organiser ma vie autour de mes intérêts, le sport, la marche, l’étude des langues. J’ai fait énormément d’équitation dans ma vie: saut, haute école, chasse à courre… puis, brusquement, vers la fin de la quarantaine, j’ai perdu courage. Moi qui, la veille encore, ne craignait absolument aucun danger, voilà que je voyais une menace dans chaque haie, dans chaque fossé à franchir! Mais mon besoin de mouvement était intact, alors j’ai remplacé l’équitation par l’escrime, puis par de longues marches en forêt, en montagne, ou même en pleine ville, lorsque je suis à Vienne. Quel plaisir alors de voir les policiers chargés de ma sécurité s’essouffler à essayer de me suivre! À une certaine époque, je me faisais même suivre par une chaise à porteurs. Non pas pour moi, mais bien pour récupérer mes pauvres dames d’honneur épuisées! Elles y ont renoncé désormais, et je n’amène plus avec moi que ma chère Marie Festetics ou la dévouée Irma Stzaray, qui prend la relève lorsque Marie n’en peut plus!
 
Voilà, chère Sandrina, qui répondra je l’espère à toutes vos questions. Je vous souhaite bien de la joie dans votre famille, à chanter et danser entourée de vos deux grands frères.
 
Amicalement,
 
Élisabeth