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Bonjour,
Dans le cadre de mes études secondaires, j'ai la
tâched'accomplir un gros travail dans lequel je mets une section
d'Histoire,ce qui consiste à décrire un personnage d'un
pays choisi;dans mon cas, l'Autriche. Il me manque de l'information
pourrépondre à une des questions posées. La
voici:«Qu'est-ce que Sissi a accompli pour que nous la
retrouvions dansdes guides touristiques et dans les
musées?»
Mon hypothèse est que vous avez aidé à
réunir l'empire d'Autriche et la Hongrie.
S'il vous plaît, pouvez-vous me dire si cette réponse est
la bonne, ou sinon, m'en suggérer une?
Merci
Chère jeune amie,
Je l’ai répété à maintes reprises, et
necroyez surtout pas qu’il s’agit de fausse modestie, mais
j’ignoretotalement la raison de l’engouement de votre époque
pour mapersonne. J’espérais, durant un temps, que
lapostérité se souviendrait de moi surtout pour mon
œuvrepoétique, mais à force de côtoyer les
âmes dufutur, je me rends compte que peu d’entre vous ont lu
mes«Chansons d’Hiver» et mes «Chants de la Mer
duNord». Ce n’est donc pas à cause de mon
œuvrelittéraire que votre époque se souvient de moi.
À mon époque, et surtout dans ma jeunesse, c’est magrande
beauté qui m’a valu la notoriété àtravers
toute l’Europe. Encore aujourd’hui, alors que j’ai soixante
anspassés et que je ne suis plus qu’une vieille dame au
visagerongé de rides, dont les déplacements sont souvent
fortralentis par la sciatique, je crois que c’est cette légende
debeauté qui survit, c’est à cause de cela que l’on
chercheencore à me voir, à me regarder sous le nez encore
etencore! Si vous saviez à quel point ce voyeurisme
m’atoujours pesé! Ma dame d’honneur, Marie, voyant les
foulesse presser sur mon passage, me disait parfois: «Voyez comme
tousces gens aiment Votre Majesté». Mais non. Que ce soit
moiou le singe qui danse au son de l’orgue de Barbarie, les
foulesaccourent dès qu’il y a quelque chose
à«voir». Et voilà ce qu’est l’amour!
Est-ce dela plus belle femme d’Europe que votre époque a
gardé lesouvenir? Ou bien de la souveraine qui n’aimait pas
régner, quidétestait ses devoirs de représentation
et qui voulaitplus que tout vivre une vie simple, une vie
où«l’être» primerait sur
le«paraître»? J’ai tenté de changer
leschoses, durant ma jeunesse, de briser le protocole avant qu’il ne
mebrise; j’ai bien failli en mourir. Alors pour survivre, j’ai
fui.Est-ce de cette mouette noire en perpétuelle fuite, de
cette«Mater Dolorosa» au deuil interminable que
votreépoque a gardé le souvenir? Est-ce pour cela que,
selonvos termes, j’occupe une si grande place dans l’histoire de
Vienne,où je réside pourtant le moins possible
carj’exècre cette ville, et dans les guides touristiques de
votretemps?
Se souvient-on de moi à cause de tout ce que j’ai fait pour
laHongrie? En Hongrie, sans doute. En Autriche, j’en doute. Si
l'ons’en souvient, c’est probablement pour le déplorer.
Etpourtant, si je n’avais pas tant travaillé au rapprochement
dece noble peuple avec l’Autriche, où serait l’Empire de
monépoux aujourd’hui? Qu’en serait-il advenu après
ladéfaite contre la Prusse, en 1866? Le Compromis de 1867 a
permisde sauver l’Empire en créant un état
fort,l’Autriche-Hongrie. Si on se souvient de moi comme vous le
dites,j’espère que c’est pour cette raison, la plus noble parce
que cefut un acte dicté uniquement par l’amour. L’amour qui unit
unpeuple à ses souverains est trop souvent un vain mot. Pour
moiet la Hongrie, ce fut un coup de foudre, un véritable pacte
quine s’est jamais rompu. Cette nation m’a adoptée comme l’une
deses filles, et je me suis fondue dans sa culture au point d’en
adopterla langue comme langue usuelle, tant avec mon entourage hongrois
quedans ma correspondance avec mon époux ou ma
filleValérie.
Oui, si votre époque se souvient encore de moi,
j’espèresincèrement que c’est pour ce que j’ai accompli,
et non parceque j’ai traîné durant des années
l’image de lasouveraine qui ne respecte pas ses devoirs, de la
mère en deuildevenue neurasthénique à force de
malheurs, del’impératrice errante.
Amicalement,
Élisabeth
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