Laura
écrit à




L'Impératrice Sissi






Trajet en calèche



À Son Altesse Impériale Élisabeth

Chère Sissi,

Après avoir regardé une fois de plus l'un des films sur vous avec Romy Schneider, je me demande combien de temps duraient les trajets entre votre palais à Vienne et la maison de vos parents. Et qu'en était-il du trajet de Vienne à Budapest? Comment se passait-il?

Dans ce film, vous vous enfuyez chez vos parents après que votre belle-mère a pris en charge l'éducation de votre fille aînée. Est-ce un fait réel ou est-ce romancé?

Je suis impatiente de vous lire!

Laura


Chère Laura,
 
Cette «fuite» est tout à fait romancée. Jamais, après seulement un an de mariage, je n'aurais eu le courage de m'enfuir ainsi de Vienne. A cette époque, je ne savais que pleurer en silence, faire bonne figure à l'empereur qui croyait véritablement vivre «le plus parfait bonheur domestique», ainsi qu'il l'écrivait à ses cousins, et même faire bonne figure dans ma correspondance à ma famille de Bavière. J'ai évidemment protesté contre cet enlèvement, j'ai pleuré, mais mes larmes n'ont fait que confirmer à mon époux et à ma belle-mère que j'étais décidément trop jeune pour élever mon enfant. Tout juste bonne à les porter, réduite à l'état de génitrice. Il a fallu la maladie qui m'a amenée à Madère, puis à Corfou, deux années de pérégrinations loin de Vienne et de tous ceux qui me brimaient, pour que je reprenne confiance en moi et que je m'affirme auprès de mon époux et de ma belle-mère. Mais lorsque j'ai fini par récupérer la haute main sur l'éducation de mes enfants, il était déjà trop tard. Gisèle considérait davantage l'archiduchesse que moi-même comme sa véritable mère et je n'ai jamais pu nouer avec elle les liens qui auraient normalement dû être tissés dans sa petite enfance. Quant à Rodolphe, le précepteur choisi par mon époux et ma belle-mère a presque failli le tuer! Il a fallu un véritable ultimatum, une menace de quitter Vienne à nouveau, pour que François-Joseph accepte de chasser ce bourreau et me laisse le remplacer par le comte de Latour, que Rodolphe a considéré comme un véritable mentor jusqu'à l'âge adulte. Malheureusement, le tort que lui a fait ce tyran de Gondrecourt n'a jamais pu être effacé, et mon fils en a traîné les séquelles toute sa courte vie.
 
En ce qui concerne les trajets entre Vienne et Possenhofen, ils prenaient presque deux jours aux débuts de mon mariage, puisque le chemin de fer n'allait pas encore partout. Une partie du trajet se faisait en berline, une autre en vapeur remontant le Danube. Depuis, les rails s'étendent partout en Europe et m'amènent très rapidement où je le désire. Il ne faut plus guère que trois heures de train pour me rendre à Budapest, et guère plus pour me rendre à Munich. Je n'y vais plus guère depuis la mort de ma chère mère et du roi Louis II de Bavière. D'ailleurs, je ne pardonne pas au Régent Luitpold le rôle occulte qu'il a certainement joué dans le procédé brutal qui a amené l'internement -puis la mort- de mon cousin Louis, et je refuse absolument de le rencontrer. Cela pose parfois certains problèmes, puisqu'il est tout de même le beau-père de Gisèle, mais il me suffit de prendre une chambre à l'hôtel et de ne pas me rendre à la Residenz pour contourner l'obstacle et voir tout de même ma fille.
 
Amicalement,
 
Elisabeth