Mélaniee
écrit à




L'Impératrice Sissi






Tatouage et vie idéale



Très chère impératrice,

Tout d'abord, laissez-moi vous dire que je suis vraiment ravie de pouvoir vous parler. Votre vie a bercé toute mon enfance, et depuis que je suis capable de lire, je n'ai cessé de me plonger dans des ouvrages et des articles consacrés à votre vie. Aujourd'hui j'ai dix-huit ans et mon admiration pour vous est intacte. C'est vraiment un réel plaisir de pouvoir s'entretenir avec une personne que l'on admire tant.

Il n'y a pas très longtemps, j'ai acheté une biographie dans laquelle j'ai lu que vous vous étiez fait tatouer une ancre sur l'une des épaules. Et quelques jours plus tard, dans un film qui était consacré à votre vie, l'actrice qui vous incarnait avait effectivement un tatouage représentant une ancre. Mais comme beaucoup d'entre nous ont déjà été déçus par certaines adaptations cinématographiques de votre vie ainsi que par les affirmations de certains biographes, j'ai pensé que la meilleure façon d'en être sûre était de vous poser la question. Avez-vous réellement un tatouage qui représente une ancre et, si oui, quelle a été votre motivation pour le faire? A t-il une signification particulière? Le regrettez-vous aujourd'hui? Si je m'intéresse tant à cela, c'est parce que j'aime beaucoup les tatouages.

J'aurais d'autres questions à vous poser; celles-ci risquent de vous paraître bizarres, mais je me lance: si François-Joseph n'était pas tombé amoureux de vous, qu'il avait épousé votre sœur, à quoi aurait ressemblé votre vie? Et à quoi ressemble la vie dont vous avez toujours rêvé?

Je suis désolée si toutes ces questions vous importunent, la curiosité a toujours fait partie de mes défauts. Il y a tant de choses dont j'aimerais vous parler, mais vous avez tant d'admirateurs qui souhaiteraient la même chose! Et puis vous devez aussi garder du temps pour vous, pour vous reposer. Vous méritez amplement de vivre en paix.

J'espère avoir l'occasion de vous reparler très bientôt.

Avec toute mon affection,

Mélanie


Bonjour Mélanie,

Vos questions ne m'importunent pas, chère enfant. En acceptant de me prêter au jeu de Dialogus, j'acceptais « par défaut » de recevoir toutes sortes de questions, et ce n'est que si je sens vraiment un manque de respect que je renâcle. En général, je suis beaucoup mieux comprise par les âmes du futur que par mes contemporains, aussi est-ce un réel plaisir de correspondre avec vous tous.

Je me suis effectivement fait tatouer une ancre de bateau sur l'épaule, pour marquer mon appartenance à la mer. Mon époux en était véritablement catastrophé, mais il a finalement eu le bon goût d'en rire. Vous avez raison, ma vie aurait été bien différente si ma mère ne m'avait pas amenée à Ischl, en cet été 1854. Franz aurait épousé Néné, et elle aurait très certainement fait une bien meilleure impératrice que moi. L'archiduchesse Sophie n'aurait pas eu à la « dresser », comme elle a tenté -sans succès- de le faire avec moi.  Qu'aurait été ma vie alors? Je l'ignore, mais n'oubliez pas que ma mère estimait avoir une revanche à prendre sur le destin, ayant elle-même contracté un mariage bien moins prestigieux que ses sœurs. Elle aurait certainement tenté de me faire épouser une autre tête couronnée, ou peut-être même me serais-je retrouvée quand même à Vienne, mais mariée à Charles-Louis plutôt qu'avec Franz. Charles-Louis avait développé pour moi un jugenliebe depuis notre visite à Innsbruck en 1848, et je crois bien que c'est à cause de cela que ma mère m'a amenée à Ischl en 1854; quel succès pour elle si elle avait pu se retrouver devant de doubles fiançailles!  Le coup de foudre de François-Joseph a complètement chamboulé ses plans, ma vie, celle de Néné et celle de Charles-Louis. Décidément, l'amour fait bien des dégâts!

Amicalement,

Élisabeth