Emi.Lisi
écrit à




L'Impératrice Sissi






  Ta petite confidente du futur



Ma très chère Sissi,

Je me présente. Je m'appelle Émilie (mes amis m'appellent Lisi), j'ai vongt-cinq ans et je t'écris de Paris. J'espère que tu vas bien. Tu es sans doute en voyage. Si je t'écris aujourd'hui, c'est que depuis plusieurs années, je suis une de tes plus grande admiratrices. Il n'y a pas un jour où je ne pense à toi. Tu es mon modèle, ma force. Je me retrouve tellement en toi! J'adore la nature, monter à cheval, les longues marches à pied, la poésie, les voyages, les animaux... J'ai aussi déjà ressenti des malheurs qui se sont passés dans ma famille... Comme toi, j'ai eu des problèmes d'alimentation et je suis obsédée par mon poids. Je ne veux en aucun cas dépasser quarante-huit kilos (pour un mètre soixante). Je ne me sens pas bien dans la société d'aujourd'hui, que je trouve de plus en plus horrible, et j'ai sans cesse la sensation d'être incomprise. Ta tristesse m'a sincèrement touchée. J'aurais tant aimé vivre à ton époque, être près de toi pour pouvoir te soutenir dans toutes ces tristes épreuves que tu a dû endurer! Je pense sincèrement qu'on serait devenues de véritables amies. Je sais que tu as Ida et Irma comme confidentes (que je remercie de te comprendre aussi bien), mais si tu veux, et uniquement si tu veux, je peux être ta petite confidente du futur. Encore aujourd'hui, beaucoup de gens te pensent égoïste, égocentrique, malade, folle, mais moi je sais que non. Je fais des études pour travailler dans le milieu artistique et j'ai pour projet de faire un spectacle où je montrerai enfin qui tu es vraiment; je casserai les clichés créés par les films qui ont été faits à ton sujet. Je veux enfin qu'on reconnaisse celle que tu es vraiment, ta gentillesse, ta compréhension du monde et surtout tout le mal qui t'a été fait. Si j'étais près de toi, je te jure que j'empêcherais quiconque de te faire du mal. On irait faire de longues balades à cheval en forêt, on ferait de longues balades à pied... Je te le jure, la vie serait belle. Si tu as besoin de parler, sache que je serai toujours là pour t'écouter et te réconforter au mieux, ma belle. Jamais je ne trahirai ta confiance, si tu veux bien me l'accorder.

En attendant de tes nouvelles, je t'embrasse très fort. Promets-moi de prendre soin de toi. Embrasse Franz-Josef de ma part, ainsi que Marie-Valérie et Gisèle.


Bien chère Lisi,

Vous savez qu'en ma jeunesse, on m'appelait parfois ainsi? J'ai signé longtemps mes lettres «Lisi», particulièrement dans mon adolescence, lorsque j'écrivais à des amies ou des cousines. Mais «Sissi» a fini par s'imposer dans la famille, surtout après mes fiançailles.

Je vous remercie de toute votre gentillesse. En effet, la vie peut s'avérer un chemin ardu, et il est bon de trouver alors près de soi des amies qui vous comprennent. L'amitié s'avère parfois plus précieuse que l'amour, qui souvent ne veut que posséder l'autre ou lui faire sentir son pouvoir. L'amitié est là pour libérer les femmes du pouvoir des hommes.

Mes déplacements continuels rendraient assez difficile une correspondance suivie -voyez tout le temps qu'il m'a fallu pour répondre à votre lettre, que je viens de trouver en arrivant à Ischl, après quelques mois de pérégrinations! Mais je serai heureuse de vous lire chaque fois que vous m'écrirez, chère enfant.

À vingt-cinq ans, je croyais moi aussi porter sur mes épaules un énorme fardeau. Maintenant que j'approche de mon soixante et unième anniversaire, je vois bien que la plupart des chagrins que j'ai supportés n'étaient rien à côté de la mort d'un enfant -même un enfant de trente ans- et de la maladie, cette sciatique qui me cloue parfois des jours à mon fauteuil et m'empêche de fuir.

Je prie pour que le Grand Jéhovah déploie sur vous ses ailes, chère Lisi, qu'Il vous permette de trouver la paix et que vous puissiez, comme moi avec mon Ida, trouver près de vous une personne dévouée qui saura vous aimer telle que vous êtes et vous comprendre.

Amicalement,

Élisabeth