Ta nouvelle vie d'Impératrice
       

       
         
         

Marie Scauflaire

      Marie Scauflaire
Papenkasteel,170
1180 Bruxelles

Chère Sissi,

Je m'appelle Marie Scauflaire, j'ai 13 ans et je suis française.

Ça a vraiment dû être très dur quand tu es devenue impératrice, tu as eu beaucoup de changements: l'étiquette, la vie au palais... Ça n'a pas dû être facile de te faire à ta nouvelle vie heureusement qu'il y avait Frantz. Moi à ta place, je n'aurais pas supporté. As-tu eu du mal à te faire à ta nouvelle vie?

De plus ta belle-mère a élevé tes enfants. Comment as-tu réagi quand tu as appris que ce serait ta belle-mère qui s'occuperait de tes enfants?

Je pense tout de même qu'il devait y avoir des avantages à être impératrice, tout d'abord du côté des finances ça devait être pas mal, les bals et les soirées devaient être somptueux bien que je pense très fatigants et je trouve que les robes étaient magnifiques mais elles devaient être très lourdes fatigantes à porter et très inconfortables. Y aurait-il d'autres avantages à être impératrice et certaines choses que je trouve des avantages n'en seraient-ils pas?

Amicalement,

Marie Scauflaire
         
         

Impératrice Sissi

      Chère Marie,

La «vie de Cour», vue de l'extérieur, peut avoir l'air d'une fête perpétuelle; les bijoux, les toilettes, la musique des bals, tout cela peut créer l'impression d'un monde féérique, brillant et fascinant...

Très vite on se rend compte que, ce qui est fascinant, c'est la bêtise des gens qui vous entourent, le vide de leur conversation, la petitesse de leurs préjugés, l'importance que le «paraître» prend sur «l'être». Je n'ai pas supporté cela, cet engouement pour les apparences, au détriment de la vraie profondeur. Très vite, j'ai fait tache dans ce monde artificiel, que j'ai fui dès que j'ai acquis assez de force de caractère pour m'affirmer. Entretemps, on s'était appliqué à me briser, en essayant de me faire entrer dans le carcan des conventions, en m'enlevant mes enfants sous prétexte qu'une impératrice a des devoirs de représentation et ne peut se confiner dans une chambre d'enfants. On ne m'a pas «appris» que ma belle-mère les élèverait: dès leur naissance, elle les a fait transporter dans une chambre attenante à la sienne, c'est tout. Je devais pratiquement prendre rendez-vous pour aller les voir, et chaque fois, je sentais que je dérangeais... J'ai tempêté, pleuré, puis j'ai renoncé à la lutte. Je n'avais que seize ans à la naissance de ma première fille, et j'étais terrorisée à la fois par ma belle-mère et par son entourage. «Heureusement qu'il y avait Franz»... oui, mais Franz n'osait pas affronter sa mère et lui donnait raison sur tout. Il était absent le plus souvent du temps, et ma belle-mère veillait à ce que nous ne soyons jamais trop longtemps ensemble, de peur que je ne prenne de l'influence sur lui. L'amour ne survit pas longtemps dans un tel milieu.

Des avantages? Eh bien je dois avouer un peu cyniquement que je dois vraiment remercier le ciel d'être impératrice, sans quoi je ne sais pas comment je m'en serais sortie! Les voyages de chasse en Angleterre durant les années 1880 coûtaient très cher, et ma «bougeotte» continuelle qui me fait voyager d'un endroit à l'autre dans l'espoir d'y trouver la paix s'avère également très dispendieuse. Mais ma position me permet d'avoir mon yacht personnel, ma propre voiture de train, ce qui serait impossible sans les revenus rattachés à mon titre. Mais c'est bien là le seul avantage, ma chère enfant... J'aurais beaucoup moins besoin de fuir au loin si, justement, je n'étais pas impératrice... Quant aux bals et autres cérémonies, ce ne furent jamais pour moi que d'atroces corvées: rester debout des heures, échanger des phrases insipides avec les uns et les autres, tout cela harnachée d'une robe habituellement très lourde même en période de grande chaleur... Heureusement que la mode des crinolines a fini par passer vers la fin des années 1870! Malgré la beauté indéniable de certaines toilettes - je pense entre autres à ma robe du sacre comme Reine de Hongrie - ces robes n'en étaient pas moins très incommodes et encombrantes, et il était très difficile voire même dangereux de descendre un escalier avec une crinoline. L'envergure des robes est beaucoup plus raisonnable maintenant. Mais de toute manière, je n'ai plus guère l'occasion de porter de toilettes de fête ou de bals, j'ai cessé totalement de paraître à toute manifestation officielle depuis la mort de mon fils. Ces cérémonies, qui étaient déjà difficiles à supporter pour moi, me sont devenues totalement insupportables depuis.

Amicalement,

Elisabeth