Anonyme
écrit à




L'Impératrice Sissi






Ta beauté et ta gentillesse



Sissi,

Tu m'as fait rêver depuis que je suis enfant par ta beauté et ta gentillesse, mais je ne comprends pas pourquoi tu as dépensé autant d'argent pour les châteaux et bijoux..?

Réponds-moi.


Chère jeune amie,

Il faut comprendre que je suis impératrice et que, de ce fait, j'ai un rang à tenir. Au moment où je vous écris, je ne dépense plus guère pour mes bijoux; j'ai tout distribué à mes filles, mes belles-sœurs et mes amies les plus proches, depuis quelques années déjà. Je n'ai gardé qu'un collier de perles noires, aussi noires que le chagrin qui emplit mon âme désormais.

Dans ma jeunesse, même si je ne me sentais pas du tout à ma place dans ce rôle de potiche en perpétuelle représentation, j'ai tenté d'aider mon époux du mieux que je le pouvais et rempli mon rôle d'hôtesse lorsque nous recevions d'autres souverains ou des ambassadeurs. Tout cela exige effectivement des toilettes et des bijoux, bijoux que je m'empressais de retirer dès que je rentrais dans mes appartements pour ensuite écrire des poèmes sous la dictée de Heine.

Pour ce qui est des palais, le seul pour lequel j'ai moi-même dépensé est l'Achilléion, ma maison de Corfou. Lorsque j'ai vu cette hauteur sur la magnifique baie de Gastouri, j'ai pensé que je pourrais enfin trouver là un endroit où vivre en paix, où reposer enfin mes ailes de mouette égarée. Mais un palais est comme une chaîne, comme un anneau de mariage, et j'ai bien vite regretté cette construction. Les rêves les plus beaux sont ceux qu'on ne réalise pas. De plus, si je devais rester en un endroit pour toujours, sachant ne pouvoir le quitter, le Paradis lui-même me deviendrait un enfer. Je n'y vais donc plus, et je cherche un acheteur en Amérique. Quant au palais de Lainz, la Villa Hermès, tout ce que j'y ai apporté, c'est le nom et le thème pour la décoration (la Grèce antique). Mais sa construction comme telle est une idée de mon époux, qui croyait ainsi me fixer en Autriche. C'est une belle demeure, mais elle ne saurait combler mon besoin de mouvement. Le mal que je fuis est en moi, voilà pourquoi aucun lieu ne pourra m'apporter la paix; seuls les voyages me permettent d'oublier un moment ce poids que je porte dans mon cœur, et les palais et les bijoux ne pourront jamais le guérir.

Sincèrement,

Élisabeth