Stéphanie de Belgique
       

       
         
         

Stéphanie

      Bonjour,

Je m'appelle Stéphanie et je voudrais savoir pourquoi vous n'aimiez pas la Princesse Stéphanie de Belgique. C'était pourtant votre belle-fille et celle qui allait vous succéder au trône. Lorsque votre fils trompait sa femme et qu'il s'est suicidé avec sa maîtresse vous auriez dû l'aider puisque vous aussi François-Joseph vous trompait.

Merci de bien vouloir me répondre.

Stéphanie
         
         

Impératrice Sissi

      Chère Stéphanie,

Il existe un vieil adage qui dit «on ne peut plaire à tout le monde et à son père.» Permettez-moi de paraphraser un peu cet adage en disant : «on ne peut aimer tout le monde et son père». Comme tout le monde, comme vous sans doute, j’ai mes têtes. Certaines personnes m’inspirent une vive sympathie dès le premier contact et d’autres, je l’avoue, me déplaisent dès la première rencontre et rien ne pourra me faire revenir sur cette première impression. C’est l’un de mes petits travers, bien humain au reste, que vous me pardonnerez j’espère…

Stéphanie de Belgique avait à peine quinze ans lorsque furent décidées ses fiançailles avec Rodolphe. J’étais en Angleterre lorsque je reçus le télégramme m’annonçant la nouvelle, et je devins si blême que Marie Festetics, ma dame d’honneur, s’inquiéta. «Dieu merci, ce n’est pas un malheur!» s’exclama-t-elle lorsque je lui annonçai la nouvelle. «Dieu veuille que cela n’en devienne pas un.» ai-je répondu. Prémonition… Je me suis donc arrêtée à Bruxelles sur le chemin du retour, où j’ai fait la connaissance de cette grande petite fille fagotée dans ce qui était probablement sa première robe d’adulte. Stéphanie éclatait de contentement et de satisfaction, ce qui semblait plutôt déplaisant chez une personne aussi jeune. Aucune tentative pour simuler le bonheur simple devant la tendresse réelle que lui manifestait alors Rodolphe. C’était là le produit de l’orgueil et de l’ambition des Cobourg qui se trouvait devant moi, cet orgueil et cette ambition qui avaient mené Charlotte et notre pauvre Maximilien à leur perte sur le trône fantôme du Mexique. Maximilien y a laissé sa vie, et Charlotte sa raison. Trente années de folie, de délire, à errer dans son château de Bouchout en parlant avec ses morts. Et avec cela, il paraît qu’elle engraisse…
Dans leur ambition, le roi et la reine de Belgique ont voulu précipiter les choses, mais je suis parvenue à faire retarder le mariage en apprenant que Stéphanie n’était même pas encore en état de concevoir. Durant cette année de fiançailles, Rodolphe fut à même de prendre la mesure de toute la sécheresse de ce cœur. Stéphanie aimait tout ce que je détestais: les apparences, le clinquant, paraître, être acclamée… Comment aurais-je pu m’attacher à une personne aussi superficielle? Je lui ai au moins offert ce qu’elle appréciait le plus au monde: l’occasion de me remplacer, d’être pendant 8 ans la première dame de l’empire.

Voyez ce dromadaire qui porte
L’orgueil répandu sur ses traits
Elle goûte la clameur populaire
Les vivats lui sont un régal.

Et de mener, de ville en foire
Tout un train de cérémonies;
Que passe devant le tambour!
Attention, la voilà! Boum Boum!

Comme tout cela lui manque, depuis la mort de Rodolphe! Oui, je peux vous sembler dure. Mais comment apprécier une femme qui n’a jamais su être une compagne et une amie pour son mari– ce que j’ai tout de même su être pour Franz– qui a détesté son père et qui n’aime pas non plus sa fille? Je suis révoltée contre les calomnies que l’on a répandues sur elle à la mort de mon fils, elle ne les mérite pas, mais cela ne me la fait pas aimer pour autant. Quant à la conduite de Rodolphe envers elle, eh bien je vous dirais qu’elle ne s’excuse pas, mais qu’elle s’explique. Il cherchait tout simplement ailleurs la chaleur et la tendresse qu’il ne trouvait pas au foyer, comme Franz l’a fait jadis, alors que la crise perpétuelle entre moi et ma belle-mère empoisonnait l’atmosphère. Tout s’est réglé, car notre tendresse réciproque était bien réelle, ce qui n’était pas le cas du ménage de mon fils. Il existe des lettres de Rodolphe à Stéphanie pleines de tendresse, mais jamais elle ne lui en a montré en retour. Non, chère amie, je n’ai pas de remords au sujet de ma belle-fille. Je ne lui souhaite aucun mal, mais je préfère nettement ne pas la fréquenter.

Amicalement,

Elisabeth.