Wenterstein
écrit à




L'Impératrice Sissi






Sissi (3)



Bonjour,

Je fais partie de la communauté des gens du voyage, Madame, et je voulais vous demander pourquoi les membres de ma communauté ne peuvent pas devenir nobles. Qu'avons-nous de si différent par rapport aux autres personnes? Pourquoi ne sommes-nous jamais acceptés pour ce que nous sommes? Jusqu'à aujourd'hui, en 2011, c'est toujours pareil : on n'a le droit à rien. Sommes-nous des gens si bizarres? Pourtant nous sommes un grand peuple chrétien.

Merci d'une réponse.


Chère âme du futur,
 
Je vous dirais que la noblesse est une question de cœur. Pour ce qui est de la noblesse de cour, c'est bien simple: on ne devient pas noble, on naît noble. Seize quartiers de noblesse, voilà ce qu'il faut au minimum pour entrer dans ce cercle fermé. Vous auriez beau avoir le talent de Michel-Ange, de Ronsard et de Beethoven réunis, si vous ne pouvez faire étalage de ces seize quartiers de noblesse, vous ne pouvez avoir accès à aucun grand salon de Vienne. C'est absurde, mais c'est ainsi. Voilà pourquoi l'aristocratie de Vienne me déteste tant: je me suis, très jeune, affranchie de ces règles idiotes, et j'ai attiré auprès de moi les gens que je trouvais agréables. Évidemment, j'y allais tout de même à pas prudents, et je fréquentais ces gens ordinaires habituellement lorsque j'étais en voyage, en Angleterre ou ailleurs. J'ai osé inviter comme professeur de hongrois un simple journaliste, Max Falk, juif de surcroît; j'ai cru que les vieilles archiduchesses allaient toutes mourir d'apoplexie dans la semaine!
 
Dans ma vie, au cours de mes pérégrinations, j'ai rencontré des nobles méprisables, et des gens du voyage dont le cœur était aussi grand qu'une cathédrale. Je partage votre indignation devant ces questions de classes qui, si je vous comprends bien, perdurent encore à votre époque. Et dire que je croyais que mon XIXe siècle et son aristocratie corrompue avaient l'apanage du paraître avant l'être! L'humain a décidément encore un long chemin à parcourir avant d'arriver à ce qu'on appelle l'égalité.
 
Sincèrement,
 
Élisabeth