Chantal
écrit à




L'Impératrice Sissi






Sissi



Jo napot kivanok,

Grâce à vous, j'étudie le hongrois; j'aimerais savoir en quelle année vous l'avez appris. Était-ce déjà avec ce malheureux comte Jean Majlath en Bavière?

Je vous souhaite tous les bonheurs possibles.

Sincèrement,

Votre humble servante;

Chantal

Chère Chantal,
 
Non, je n'ai pas étudié le hongrois avec Jean Majlàth. Paradoxalement, c'est plutôt l'histoire de l'empire d'Autriche qu'il m'a enseigné, en insistant évidemment sur l'épisode des répressions de 1848. C'est de lui que j'ai acquis la conviction que la meilleure forme de gouvernement ne peut être autre chose que la République.

Le comte Imre Hunyady, frère de ma dame d'honneur et amie Lily, m'a enseigné les premiers rudiments de cette langue lors de mon voyage à Madère, en 1860. Ces leçons sur la terrasse ou au clair de lune furent cependant de courte durée; dans cet espace clos où tout le monde surveillait tout le monde, la passion du comte devint bientôt un peu trop évidente et il fut rapidement rappelé à Vienne.

J'avais manifesté, aux débuts de mon mariage, une certaine réticence à apprendre le tchèque (une façon inconsciente de manifester mon opposition à ma belle-mère, sans doute, elle qui ne jurait que par les fidèles familles aristocratiques de Bohème) et mes difficultés en italien avaient provoqué nombre de moqueries à la cour lors de notre premier voyage à Venise et à Milan. On estimait donc, à la cour, que j'avais peu de dispositions pour les langues étrangères (pour dire les choses crûment, on me croyait irrémédiablement sotte) et j'ai eu les plus grandes difficultés à faire accepter mon désir d'étudier sérieusement cette langue difficile. Même François-Joseph était sceptique sur mes capacités à cet égard.

Néanmoins, en 1863, j'ai commencé à prendre des leçons avec le père Hòmòky et tout le monde s'est étonné de mes progrès rapides. J'ai ensuite voulu avoir près de moi une personne avec qui je pourrais parler et travailler quotidiennement cette langue; c'est ainsi que ma douce Ida Ferenczy est apparue dans mon entourage, à titre de «lectrice de sa Majesté» puisque ses titres de noblesse étaient trop modestes pour en faire une dame d'honneur. J'ai travaillé avec elle et avec Max Falk, et j'ai rapidement pu lire dans le texte des poètes comme Eötvös ou Jokaï, avec lesquels je suis d'ailleurs entrée en correspondance par la suite. Tous ces contacts ont favorisé mon amour non seulement pour la langue, mais particulièrement pour la nation hongroise. Je suis heureuse que mon seul acte politique ait pu donner une certaine indépendance à ce peuple si noble.

Isten áldja meg!
 
Erzébet Kyraliné