| |
|
Madame,
J'ai juste une petite question à vous poser, en espérant
que voudrez bien y répondre.
Dans beaucoup de livres que j'ai lus à votre sujet ainsi que sur
le drame de Mayerling, beaucoup laissent penser que votre fils ne se
serait pas suicidé, mais qu'il s'agirait plutôt d'un
attentat ou d'un meutre, si l'on peut dire. Que pensez-vous de cette
hypothèse? Croyez-vous vraiment que votre fils ait eu envie de
mourir au point de se suicider? Ne pensez-vous pas qu'il ait
été assassiné parce qu'il était au courant
d'un complot visant à détrôner votre mari?
Je vous remercie de bien vouloir me répondre, tout en m'excusant
du désagrement que cette question pourrait vous causer.
Acceptez Madame, mes salutations respectueuses,
Domie
Chère Domie,
Si vous parcourez un peu ma
correspondance sur ma
page de Dialogus, vous verrez que cette question m'a été
posée maintes
et maintes fois. J'y ai déjà répondu en
détail, et j'espère que vous me
pardonnerez de vous demander de vous y référer
plutôt que de rappeler
en moi des réminiscences aussi douloureuses. Dans chacune de ces
réponses, vous retrouverez ce thème qui revient comme un
leitmotiv: mon
fils est mort. Rien d'autre n'a d'importance pour moi. La façon,
la
raison, tout cela est tellement accessoire auprès de ce fait
impensable, horrible qu'est la mort d'un enfant, cet enfant
eût-il
trente ans.
Connaissez-vous la plainte
mortuaire des femmes
grecques qui perdent un être cher? Je l'ai entendu une fois, dans
les
rues de Corfou, me promenant avec Constantin Christomanos. Je n'ai pas
eu besoin de m'informer. Je savais que cette femme venait de perdre son
fils. Un cri horrible, hors duquel il n'existait plus rien, plus rien
que cela, plus de place en elle pour autre chose que ce soit. C'est un
cri qu'on ne pousse qu'une seule fois et qui épuise toute notre
âme
d'autrefois. J'ai épuisé mon âme il y a près
de 10 ans déjà, et
désormais, ma douleur m'est plus précieuse que la vie.
Sincèrement,
Élisabeth
Chère Madame,
Je m'excuse de vous avoir importunée avec cette
question et je ne doute pas un seul instant que la perte de votre fils
ait causé la plus grande douleur qu'une mère puisse
connaître. Aussi,
je voulais vous dire que je n'avais pas bien fait attention aux
questions que l'on vous a déjà posé à ce
sujet. Quand j'y ai fait un
peu plus attention, je vous avait déjà écrit.
Je vous prie, encore, de m'excuser pour la gêne
occasionnée.
Veuillez accepter madame, mes salutations respectueuses,
Domie
Chère Domie,
Soyez assurée que je ne vous en veux pas du tout. Vous
n'êtes ni la première, ni la dernière à me
poser cette question, et je sais qu'aucune intention malveillante ne
vous guidait. N'hésitez surtout pas à m'écrire
à nouveau, il me fera plaisir de poursuivre cette correspondance
avec vous.
Amicalement,
Élisabeth
|