Domie
écrit à

   


L'Impératrice Sissi

     
   

Rodolphe (2)

    Madame,

J'ai juste une petite question à vous poser, en espérant que voudrez bien y répondre.

Dans beaucoup de livres que j'ai lus à votre sujet ainsi que sur le drame de Mayerling, beaucoup laissent penser que votre fils ne se serait pas suicidé, mais qu'il s'agirait plutôt d'un attentat ou d'un meutre, si l'on peut dire. Que pensez-vous de cette hypothèse? Croyez-vous vraiment que votre fils ait eu envie de mourir au point de se suicider? Ne pensez-vous pas qu'il ait été assassiné parce qu'il était au courant d'un complot visant à détrôner votre mari?

Je vous remercie de bien vouloir me répondre, tout en m'excusant du désagrement que cette question pourrait vous causer.

Acceptez Madame, mes salutations respectueuses,

Domie

Chère Domie,

Si vous parcourez un peu ma correspondance sur ma page de Dialogus, vous verrez que cette question m'a été posée maintes et maintes fois. J'y ai déjà répondu en détail, et j'espère que vous me pardonnerez de vous demander de vous y référer plutôt que de rappeler en moi des réminiscences aussi douloureuses. Dans chacune de ces réponses, vous retrouverez ce thème qui revient comme un leitmotiv: mon fils est mort. Rien d'autre n'a d'importance pour moi. La façon, la raison, tout cela est tellement accessoire auprès de ce fait impensable, horrible qu'est la mort d'un enfant, cet enfant eût-il trente ans.

Connaissez-vous la plainte mortuaire des femmes grecques qui perdent un être cher? Je l'ai entendu une fois, dans les rues de Corfou, me promenant avec Constantin Christomanos. Je n'ai pas eu besoin de m'informer. Je savais que cette femme venait de perdre son fils. Un cri horrible, hors duquel il n'existait plus rien, plus rien que cela, plus de place en elle pour autre chose que ce soit. C'est un cri qu'on ne pousse qu'une seule fois et qui épuise toute notre âme d'autrefois. J'ai épuisé mon âme il y a près de 10 ans déjà, et désormais, ma douleur m'est plus précieuse que la vie.

Sincèrement,

Élisabeth

Chère Madame,

Je m'excuse de vous avoir importunée avec cette question et je ne doute pas un seul instant que la perte de votre fils ait causé la plus grande douleur qu'une mère puisse connaître. Aussi, je voulais vous dire que je n'avais pas bien fait attention aux questions que l'on vous a déjà posé à ce sujet. Quand j'y ai fait un peu plus attention, je vous avait déjà écrit.

Je vous prie, encore, de m'excuser pour la gêne occasionnée.

Veuillez accepter madame, mes salutations respectueuses,

Domie


Chère Domie,

Soyez assurée que je ne vous en veux pas du tout. Vous n'êtes ni la première, ni la dernière à me poser cette question, et je sais qu'aucune intention malveillante ne vous guidait. N'hésitez surtout pas à m'écrire à nouveau, il me fera plaisir de poursuivre cette correspondance avec vous.

Amicalement,

Élisabeth