Dynamo
écrit à

   


L'Impératrice Sissi

     
   

Robe et enfants

    Bonjour,

J'aimerais savoir si vous avez toujours votre robe de mariée? Vous êtes une femme vraiment très belle, comment avez-vous fait? Êtes-vous toujours avec le prince Charmant? Le rêve serait de vous rencontrer un jour. Vos enfants se portent-ils bien?



Chère âme du futur,

Mes enfants — ceux qui me restent — se portent fort bien. Gisèle mène une vie paisible auprès de son brave Léopold, à Munich. Elle-même, ses enfants et ses petits-enfants éclatent de santé, ils vivront cent ans. Ma dernière fille, Valérie, a déjà quatre enfants et elle se porte fort bien. Elle vit une vie familiale toute simple, comme elle le désirait, et pratique la charité à tel point qu'on la surnomme «l'ange de Wallsee». Son seul souci, c'est moi, je le crains. Tous ceux que j'aime et qui m'aiment sont inquiets pour moi, pour ma santé, pour ma sécurité. Combien ils seraient en paix si je n'étais plus là! Moi seule n'ai aucune crainte, je marche vers le destin qui m'est assigné et il s'accomplira, quoi que je fasse. Conserver ma robe de mariée? Et pour quoi faire? Je ne conserve aucun souvenir attendri ou ébloui du jour de mon mariage, rien qui puisse justifier que je conserve un tel souvenir. Le mariage est une institution absurde. Enfant de quinze ans, on est vendue à autrui, on prononce un serment qu'on ne peut ni comprendre, ni renier, et qu'on regrettera ensuite pendant trente ans sinon plus. Non, chère enfant, je n'ai pas gardé ma robe de mariée. Je n'ai pas de place dans mes malles pour cela. Quant au prince charmant… les princes charmants sont dans les contes de fées, et nulle part ailleurs. On peut croire, un moment, qu'on l'a rencontré, que la réalité a rejoint le conte, mais croyez-moi, l'illusion ne dure qu'un moment. Je comparerais plutôt François-Joseph à Obéron, le très sérieux et digne époux de Titania, reine des fées. Mais il m'arrive aussi parfois de l'envoyer prendre place, en poésie, dans la «galerie des ânes» de Titania, un âne auquel il ressemble parfois jusqu'au moindre de ses crins. Le prince charmant a bien vieilli, blanchi et a été prématurément usé par les deuils, les guerres et les soucis bien terre à terre de la politique. Mais il demeure mon petit âne préféré, celui qui aura toujours la place d'honneur. Une grande tendresse plus durable que l'amour nous lie, et pour rien au monde je ne voudrais le chagriner.

Amicalement,

Élisabeth