Lucie
écrit à




L'Impératrice Sissi






Qui êtes-vous réellement



Très chère Impératrice,
                   
Ceci est un projet scolaire. Je me permets de vous écrire, car vous me passionnez. On m'a souvent rapporté que vous vous ennuyiez dans votre grand palais, et que votre liberté d'enfance vous manquait. Est-ce vrai ou ne sont-ce là que des rumeurs voulant vous déstabiliser? On raconte même que votre belle-mère vous a enlevé vos enfants: est-ce vrai? Vos cheveux sont tellement beaux; comment, sans vous paraître indiscrète, faites-vous pour qu'ils soient toujours aussi beaux? Il se peut que je vous importune avec toutes ces questions, mais votre vie me passionne et je veux en connaître plus sur celle-ci. Votre pays natal vous manque-t-il?

Madame l'Impératrice, j'aimerais que vous me répondiez. Je vous prie d'agréer, Majesté, l'expression de ma plus haute considération,
                                             
Lucie


Chère Lucie,

Toutes mes excuses pour avoir tant tardé à vous répondre. J'étais, comme toujours, en voyage, et je trouve votre lettre à mon retour à Ischl.

Vous me posez plusieurs questions, et je vais essayer de contenter votre curiosité, sans pour autant vous composer toute une biographie! Oui, je me suis longtemps ennuyée de mon pays natal, de ma maison familiale, de la simplicité de la vie de mon enfance. Encore aujourd'hui, à soixante ans, je retourne encore avec joie à Munich, mais je ne vais plus guère à Possenhofen depuis la mort de ma chère mère. Elle était très âgée, mais on se remet quand même difficilement de la perte d'une mère; c'est un peu de notre propre vie qui s'en va avec elle.

Ma belle-mère croyait bien faire en voulant élever elle-même mes enfants, me trouvant trop jeune et inexpérimentée pour le faire, mais elle a tout simplement réussi à m'enlever la seule chose qui aurait rendu ma vie à Vienne supportable! Je n'ai réussi à garder près de moi que ma dernière fille, née en 1868, car j'avais alors trente ans et j'avais beaucoup plus d'assurance. D'ailleurs, je me suis arrangée pour accoucher en Hongrie, où ma belle-mère ne mettait jamais les pieds, pour être certaine qu'elle ne viendrait pas se glisser entre moi et cette enfant. Ma Valérie est rapidement devenue ma favorite, ma Kedvesem (« chérie » en hongrois), car c'est la seule que j'ai pu garder près de moi. Son mariage a été un déchirement pour moi, mais elle est heureuse, c'est l'essentiel. Ma belle-mère m'a si bien séparée de mes autres enfants que je n'ai jamais eu que des rapports plutôt distants avec ma fille aînée Gisèle, et que je n'ai pas pu voir à temps le drame qui allait s'abattre sur mon fils Rodolphe. D'ailleurs, dans son cas, même mon mari m'a fait comprendre très tôt qu'il ne m'appartenait pas, mais qu'il appartenait à l'Autriche.

Dans un registre plus léger, concernant mes cheveux, je vous dirais qu'il est d'usage pour une femme, à mon époque, de ne jamais se couper les cheveux. La plupart des femmes ont donc une très longue chevelure, et il faut des coiffeuses de grand talent pour réussir à en faire des chignons ou autres types de coiffures. J'ai choisi ma coiffeuse Fanny lorsque j'ai vu les somptueuses coiffures qu'elle réussissait à faire aux actrices du Burgteater. Elle me lave les cheveux une fois par mois avec un mélange de miel, d'œufs et de cognac, dont elle seule a la recette exacte, et qui donne d'excellents résultats. Même à soixante ans, mes cheveux sont encore très soyeux, très sains et je n'ai pas un seul cheveu blanc, à moins que Fanny ne réussisse à me les cacher!

Amicalement,

Élisabeth