Sarra
écrit à




L'Impératrice Sissi






Qui êtes-vous ?



Chère Sissi,

J'ai entendu parler de ta vie politique, mais je veux m'informer plus de ta vie historique.

J'attends avec impatience tes réponses.


Bien chère Sara,

Vous me demandez rien de moins que ma biographie! Vous m'épargneriez bien des répétitions fastidieuses en lisant tout simplement ma correspondance, au demeurant fort volumineuse, sur ma page Dialogus.

Je suis parfois si paresseuse, chère Sarra, que l'idée du moindre effort m'épouvante! Ne voyez pas là un refus de vous répondre, chère amie, mais je préférerais répondre à une question précise -ou même à PLUSIEURS questions, si tel est votre désir- que de m'étendre au hasard sur des considérations biographiques qui ne seraient peut-être pas celles que vous attendiez.

J'espère donc avoir bientôt de vos nouvelles et il me fera alors plaisir de reprendre la plume pour répondre à vos interrogations précises.

Sincèrement,



Donc, chère Elisabeth, si j'ai bien compris, vous voulez que je vous pose une question précise. Alors, je vous demande quelle est votre passion préférée.

Sarra


Chère Sarra,

La vie m'entraîne vers divers horizons, et les passions passent comme la vie. Durant les années 1870-80, c'est véritablement la passion pour l'équitation qui a été le centre de ma vie. Ce n'était même plus un passe-temps, c'était carrément un mode de vie. Mes lectures tournaient autour de l'élevage des chevaux, des exploits équestres de haute-école. Mes meilleurs amis étaient comme moi passionnés de chasse à courre, les princes Nicolas Esterhàzy et Rudi Lichtenstein notamment; j'ai pris des cours de haute-école auprès des plus grandes écuyères de cirque comme Élisa Petzold, que certains croyaient être la fille de Renz, ou Émilie Loisset, malheureusement décédée d'une chute de cheval il y a quelques années. Puis, sans que je comprenne pourquoi, moi qui la veille encore ne craignais absolument rien, je me suis mise à voir une menace, un danger dans tout bosquet ou tout fossé à sauter. Le courage m'a quitté, et ma passion équestre aussi. J'ai liquidé la totalité de mes écuries, ne gardant que quelques chevaux favoris pour des promenades tranquilles. Mais depuis dix ans, j'ai totalement renoncé. Mon besoin de mouvement est toujours aussi grand cependant, et je l'ai remplacé par de très longues promenades, des leçons d'escrime et de la gymnastique.

La passion pour la poésie a également été d'un grand réconfort dans ma vie. J'ai longtemps écrit sous l'inspiration directe du Maître Henrich Heine. J'ai regroupé mes poésies dans divers recueils, Chansons d'Hiver et Chants de la mer du Nord, que j'ai enfermés dans une cassette et remis à mon frère Charles Théodore. À ma mort, il les remettra, sans les lire, évidemment, au président de la Confédération Helvétique, et je veux qu'ils soient publiés dans une quarantaine d'années, lorsque tous mes contemporains seront morts. Je ne fais pas confiance à ma famille Habsbourg pour préserver mon héritage poétique, je préfère confier mon œuvre à une république. J'estime qu'une république a certaines chances d'exister encore dans quarante ans. L'empire d'Autriche-Hongrie? J'en doute...

À la mort de mon fils, j'ai cessé d'écrire. Le coup de feu qui a tué Rodolphe a également tué mes muses, et une bonne partie de ma foi. Désormais, ma seule passion, si l'on peut appeler cela ainsi, est la fuite. Les voyages me permettent d'oublier un peu, me forcent à regarder à l'extérieur de moi-même pour m'intéresser aux nouveaux paysages qui m'entourent, mais la douleur me rattrape dès que je m'arrête quelque part et que j'ai du temps pour penser. C'est pourquoi tout endroit, si beau soit-il, ne peut me retenir longtemps. Si je devais m'installer quelque part pour toujours, sans espoir de repartir, le paradis même me deviendrait un enfer.

Cordialement,

Élisabeth



Chère Sissi,

Quand j'ai reçu ta lettre, je l'ai lue avec patience comme si c'était un poème. Sûrement tu as adoré cette passion, car tu l'exerces très bien.

J'aurais voulu savoir qui était le père d'Élisa Petzold.

Réponds-moi le plus tôt possible.



Chère Sara,

Élisa était la petite-fille d'un marchand de savon, un bourgeois fortuné de Toeplitz. D'abord élevée pour devenir une parfaite épouse et mère, elle a eu le coup de foudre pour l'art équestre en voyant Adeline Loisset, la tante d'Émilie, se produire un jour avec le cirque Renz à Dresde. Son père a eu beau la mettre au couvent pour lui faire passer cette toquade, rien n'y a fait... Elle a fini par le faire céder, et elle a pris des cours de haute école avec le célèbre professeur Steinbrecht, à Dessau. Après seulement un an, il n'avait plus rien à lui apprendre, c'est dire qu'elle était douée! Après une belle carrière d'écuyère, elle s'est mariée, il y a quelques années, avec le comte de la Blachère, et on ne l'a plus revue à cheval depuis, du moins pas publiquement. Une jeune femme très convenable que j'ai eu beaucoup de plaisir à côtoyer.

Amicalement,

Élisabeth

Ma chère Sissi,

J'étais très contente quand j'ai reçu ton mail, mais je ne comprend pas le lien entre vous et Élisa. Et je voudrais avoir ta réponse le plus tôt possible.

Mes braves salutations,

Sara


Bonjour Sara,

Eh bien, si vous relisez la lettre que je vous adressais le 13 juillet (de votre époque...), je vous indiquais que j'avais suivi des cours de haute école avec l'écuyère Élisa Petzold, du cirque Renz. Vous m'avez ensuite demandé plus de précisions sur cette dernière, ce que j'ai fait. Et voilà!

Amicalement,

Elisabeth

Désolée, chère Sissi, j'avais la tête en l'air quand je t'ai écrit cette lettre! Mais j'ai une question: quand tu as répondu a ma lettre récente, tu n'as pas été aussi longue que pour répondre aux autres lettres que je t'ai envoyées. Est-ce normal?

Mes salutations!

P.S.: il y a un problème dans mon ordinateur; je n'arrive pas a écrire correctement!


Chère Sara,

Vous l'ignorez peut-être, mais je suis très souvent en voyage. Vivre en Autriche m'est pratiquement impossible, je n'ai jamais réussi à y être heureuse. Je sais que Franz s'ennuie terriblement de moi, mais nous en sommes venus à être plus heureux séparés qu'ensemble. Mon chagrin perpétuel et mes problèmes de santé l'inquiètent et lui pèsent, nous sommes donc plus sereins tous les deux en ayant une relation épistolaire qu'ensemble. Tout cela pour vous expliquer, chère Sara, les délais qu'il peut y avoir dans mes réponses. Je ne reçois pas mon courrier très régulièrement, bien que mon secrétaire fasse le nécessaire pour le faire suivre dans tous les consulats d'Autriche qu'il croit que je vais rencontrer sur ma route. Mais comme je ne sais jamais très bien moi-même où je serai demain, que je change mes itinéraires au gré de mes inspirations, il n'est pas rare que certains consulats doivent retourner à Vienne tout le courrier accumulé pour moi durant un de mes voyages. Et n'oubliez pas le siècle et des poussières qui nous sépare, chère âme. Cette distorsion du temps suffirait à expliquer n'importe quel retard postal!

Sincèrement,

Élisabeth