Morgane
écrit à




L'Impératrice Sissi






Quelques mots



Chère impératrice,

Puisque de notre temps nous avons la chance de discuter avec des personnes du passé, je vous transmets ce message pour vous transmettre mes sentiments les plus sincères. J'admire la femme forte que vous avez été et je suis toujours aussi touchée à chaque fois que je repense à votre vie qui fut loin d'être gaie.

Je n'ai que seize ans mais j'espère cependant améliorer mes connaissances à votre sujet avec les années qui viennent.

J'espère cependant que vous gardez quand même de votre vie de bons souvenirs en compagnie de votre mari François-Joseph et de vos enfants et que vos voyages auront pu faire apparaître sur votre si beau visage quelques sourires.

Vous avez ma plus grande sympathie et ma plus grande admiration.

Bien à vous,

Morgane


Chère Morgane,
 
Je serais effectivement de très mauvaise foi si j'affirmais que ma vie entière n'a été formée que de malheurs. J'ai eu de grands moments de joie lors de la naissance de mes enfants, même si j'en ai perdu trois sur quatre, deux par la mort et une parce qu'elle n'est jamais devenue vraiment «ma» fille après m'avoir été enlevée par ma belle-mère.  Mais avec ma dernière fille, Valérie, j'ai su ce qu'était vraiment le bonheur d'avoir un enfant.
 
Dans mes relations avec Franz j'ai, comme tous les couples, connu des hauts et des bas. Certes, l'amour que j'ai pour lui n'a jamais eu la même force que celui qu'il éprouve pour moi. Tant de choses, tant de gens ont contribué à nous séparer et à empêcher le sentiment naissant qu'il y avait dans mon cœur, en ce bel été 1853 à Ischl, de s'épanouir en amour vrai. Mais j'éprouve pour lui du respect et une immense tendresse, ce qui est déjà bien davantage que ce qui règne dans bien des couples royaux. Il est l'être au monde que je souhaite le moins chagriner, à qui je souhaite le moins causer du souci. Nous avons partagé tant de belles choses, lui et moi, et ce sont ces souvenirs qui, bien souvent, constituent la principale source de nos conversations, lorsque nous ne parlons pas de théâtre ou de l'Amie, Katherina Schratt que j'ai placée auprès de lui pour qu'elle le fasse rire et l'aide à se détendre par sa gaieté, ce que je ne sais plus faire depuis longtemps. Savoir reconnaître qu'une autre est plus apte que moi à lui apporter la joie, c'est aussi une forme d'amour.
 
Aujourd'hui, seuls mes voyages réussissent effectivement à me faire sourire un peu. Un beau paysage est comme un poème de Jéhovah, et il y a certains spectacles de la Nature dont je ne me lasse jamais. La Nature seule ne vous blesse jamais, c'est pourquoi j'aime tant m'y retrouver, le plus souvent possible. Une mouette marine qui se pose d'île en île, de vague en vague, en attendant le dernier voyage, voilà ce que je suis devenue.
 
Sincèrement,
 
Élisabeth