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Catherine |
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Quand le rêve prend le pas sur la réalité |
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Chère Catherine, Je n'ai pas vu, pour cause, ces films dont tous vos contemporains me parlent, mais savoir qu'on y «démonise» l'archiduchesse Sophie me les rend tout à coup un peu plus sympathiques... Plus sérieusement, l'archiduchesse n'était pas une méchante femme, et je suis certaine que son intention profonde était de faire de moi une impératrice selon ses vœux, l'impératrice qu'elle aurait souhaité être elle-même. Seulement, si l'intention était bonne, la manière était rude, et elle n'a réussi à obtenir de moi, de cette façon, que révolte et insoumission. Il m'était difficile de me faire dire chaque jour que j'étais la première dame de l'empire et que tous me devaient respect, et de l'autre côté subir les diktats d'une duègne aidée de son âme damnée, la comtesse Esterhàzy. M'enlever mes enfants sous prétexte de jeunesse et d'inexpérience n'avait rien de très humain non plus; n'était-elle pas elle-même très jeune et sans expérience, lors de la naissance de Franz? Cette colère, cette révolte qu'elle et toute sa coterie ont provoqué en moi m'ont définitivement détournée de la cour et de ce qu'on appelle «mes devoirs». J'ai fui Vienne tant que j'ai pu, tant à cause des courtisans que de ces milliers d'yeux braqués sur moi chaque fois que j'essayais de faire un pas dehors. Je ne serais donc pas surprise, chère Catherine, d'apprendre que mon «legs» à l'Histoire est fort mince, et que l'opinion que l'on peut avoir de moi en Autriche, même à votre époque, est loin d'être flatteuse. À mon époque, ma réputation est détestable. On me reproche de laisser l'empereur seul, on me déclare folle ou névrosée, sans vouloir se rappeler qu'on m'a poussée vers cette solitude qui seule a pu me sauver un temps du désespoir. Ma seule contribution à l'Histoire, et j'en suis fière, est d'avoir contribué à rattacher la Hongrie à l'Autriche. J'ignore si Franz aurait encore un empire à gouverner s'il n'avait pas accordé ce compromis, en 1867. Après Sadowa, l'empire menaçait d'éclater de toutes parts, en Hongrie particulièrement, et seul l'amour et le dévouement que le peuple hongrois me vouait personnellement, (heureusement que je n'ai jamais partagé l'aversion de l'archiduchesse pour ce pays!) a contribué à sauver l'essentiel. Cela sera-t-il considéré comme un legs positif, à votre époque? Vous seule pourriez le dire. Sincèrement, Élisabeth
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