Manon
écrit à




L'Impératrice Sissi






Projet scolaire Collège Montaigne



À Tours, le 2 juin 2009


Salut Sissi,

J'ai une multitude de questions à te poser, mais je vais me focaliser sur quelques-unes, seulement, pour ne pas occuper tout ton temps qui, je suppose, doit être précieux, n'est-ce pas «Votre Altesse»?

Tout d'abord, je me dois de te dire que je t'admire beaucoup, car il se trouve que j'ai vu plusieurs films te concernant. Mais ceux où ton rôle est joué par Romy Schneider, sont mes préférés. J'ai d'ailleurs quelques questions à propos de ces films. En premier lieu, les connais-tu? Dans ce cas, as-tu aimé ces films, et trouves-tu que ton rôle est bien joué? Ces films retracent-ils bien ta vie? J'aimerais également en savoir un peu plus sur la vie que tu menais tous les jours. Quelle était la marque de ton mascara? Avec quel shampooing te lavais-tu les cheveux? Et pour finir, trouvais-tu vraiment que Franz était beau?


Merci de ton attention. Bis bald.

Manon (Projet scolaire collège Montaigne - 37)


Chère Manon,
 
Comme je vous écris directement depuis mon lointain XIXe siècle -nous commençons à peine l'été 1898, pour être plus exacte- je ne puis vous donner une opinion très claire sur les films dont vous me parlez et que je n'ai -pour cause!- pas vus. En revanche, nombre de mes correspondants de votre époque m'en ont parlé et me les ont décrits en long et en large. Je puis donc vous donner mon opinion sur leur contenu, encore une fois en me basant uniquement sur ce qu'on m'en a raconté.
 
Tout d'abord concernant ma rencontre avec Franz. Il semble que ces films mettent en scène une rencontre un peu cocasse sur le bord d'un chemin, François-Joseph ignorant totalement à qui il a affaire. La réalité est beaucoup plus simple et beaucoup moins romantique, chère enfant. J'ai rencontré Franz dans le salon de ma belle-mère, en compagnie de ma mère, de ma sœur et de toute la parentèle réunie pour l'anniversaire de l'Empereur. Oui, c'est bien vrai, il devait initialement épouser Hélène, et c'est dans ce but que la rencontre avait lieu. Mais dès qu'il a posé les yeux sur moi, la pauvre Néné a tout simplement cessé d'exister aux yeux de Franz. Pour mon malheur... Car je n'ai guère été heureuse dans mon rôle d'impératrice, chère enfant. J'étais faite pour être libre, pour courir les routes, pour voyager, et du jour au lendemain je devenais le point de mire de milliers de personnes. Vous dire à quel point j'aurais voulu me fondre dans les boiseries de la Kaiservilla!
 
Le second film, à ce qu'on m'a dit, se termine avec le couronnement en Hongrie, alors que le troisième décrirait la maladie qui m'a amenée à Madère, suivie de notre visite officielle en Italie. Quel enchevêtrement d'inexactitudes! Nous avons d'abord fait notre voyage en Italie, peu après mon mariage, je suis ensuite tombée malade après la naissance de Rodolphe, ce qui m'a amenée à Madère, et c'est plusieurs années plus tard, en 1867, qu'a eu lieu le couronnement en Hongrie. J'imagine qu'il y a encore bien des inexactitudes, et je vous invite à lire plusieurs des lettres qui se trouvent sur ma page Dialogus pour avoir davantage de détails réels et crédibles.
 
C'est ma coiffeuse Fanny Angerer qui a le secret de ma chevelure. Elle utilise un mélange de rhum, d'œufs, de miel et d'huiles, et l'opération «lavage de cheveux» me prend toute une journée, toutes les deux ou trois semaines environ. Le mascara? Qu'est-ce donc? Une sorte de maquillage, j'imagine? Je n'utilise qu'un peu de poudre et un peu de rouge sur les joues. J'utilisais, devrais-je préciser, puisqu'à soixante ans, le visage ridé par les larmes et le grand air, retirée du monde depuis la mort de mon fils, je ne cherche plus à plaire à qui que ce soit. Je cache désormais mon visage derrière une épaisse voilette, et je n'ai plus accepté d'être prise en photo ou que l'on fasse mon portrait depuis mes cinquante ans. S'il fallait que j'aille dans le monde comme une momie fardée, pouah! Mieux vaut cacher ce qu'est devenue mon ancienne beauté, et ne laisser au monde que le souvenir des merveilleux portraits peints par Monsieur Winterhalter. Quant à Franz, oui, il était très beau dans sa jeunesse. Malheureusement, les soucis et les chagrins l'ont prématurément vieilli. Lorsque j'avais quarante ans, il avait l'air beaucoup plus âgé que moi. Aujourd'hui, avec ma santé chancelante et lui toujours en grande forme, nous nous rejoignons enfin.


Sincèrement,
 
Élisabeth