Elise Conti
écrit à




L'Impératrice Sissi






Projet scolaire



Lettre écrite dans le cadre d'un projet scolaire                   

Très chère Impératrice Sissi,

Je vous écris cette lettre dans un but bien précis. J'aurais une question à vous poser. Pourquoi votre «look» est-il si luxueux? Très franchement, je ne comprends point. Vos robes, constituées de plusieurs épaisseurs de jupons et de tissus, d'une part, doivent être vraiment très encombrantes et gênantes pour danser, et d'autre part, pourraient vous faire trébucher dans les escaliers! Et que dire de vos coiffures où s'entremêlent rubans de satin et perles de nacre? Leur réalisation doit vous prendre des heures! Et puis vos chaussures vernies, à hauts talons doivent être si inconfortables à porter durant toute une soirée! Comment pouvez-vous danser avec? Et enfin cet énorme corset qui vous serre à la taille et vous empêche de respirer. Comme je vous plains de devoir porter tout le jour durant cet instrument de torture. Ce me serait impossible.

Je fais ce constat car il vous faut réagir. Nous sommes quand même au XXIème siècle! Un tel style vestimentaire et une telle coiffure sont entièrement dépassés. Sachez que le teint couleur «porcelaine» n'est plus du tout à la mode; il est préférable d'avoir une peau très bronzée. C'est pourquoi je vous conseille un auto-bronzant ou un fond de teint. En ce qui concerne vos robes, remplacez-les par un jean moulant et un débardeur. Vous verrez, c'est beaucoup plus pratique. Si vous n'appréciez vraiment pas le fait de devoir porter un pantalon, enfilez une jupe ou un short et des bas résille. Pour la coiffure, vous perdrez beaucoup moins de temps à lisser vos cheveux qu'à vous faire des chignons encombrants et gênants. Vos colliers ornés de pierres précieuses doivent être relativement lourds, c'est pourquoi vous devez plutôt les remplacer par des sautoirs.

Ah, et j'oubliais encore. Vous est-il vraiment utile de porter cette couronne de diamants qui doit vous compresser la tête? Je suppose que non. Portez un serre-tête à la place. J'espère que vous suivrez tous ces conseils pour donner une touche de modernisme à votre look et éviter les blessures et les chutes!

Sur ce, très chère Impératrice, veuillez recevoir mes salutations les plus distinguées.

Elise Conti

Chère Élise,
 
Votre lettre m'a fait sourire et a apporté un peu de gaieté à une journée qui s'annonçait plutôt grise.  Ischl, les jours de pluie, est vraiment lugubre, et les nuages m'empêchent de bien distinguer le Jainzen, ma montagne magique...
 
Vous semblez croire, chère Élise, qu'en m'écrivant depuis votre lointain XXIème siècle, je deviens automatiquement votre contemporaine.  Il n'en est rien, chère amie. Votre lettre du XXIème siècle me parvient, par un miracle spatio-temporel que je ne puis m'expliquer, directement dans mon XIXème siècle étriqué et «victorien», ainsi qu'on l'a appelé du nom de cette chère reine Victoria. Cette dernière aurait d'ailleurs été bien d'accord avec vous, elle qui disait que la crinoline était non seulement incommode, mais dangereuse! Heureusement, cette mode est désormais dépassée. Elle a atteint un summum dans les années 1870, juste avant la chute de l'Empire de Napoléon III. À croire que cette mode ne tenait qu'au seul prestige d'Eugénie!  Désormais, les tournures sont beaucoup plus raisonnables, et ne craignez rien, je dispose d'excellentes chaussures de marche pour les randonnées de plusieurs heures que je m'impose quotidiennement. Mais vous avez bien raison, la mode des crinolines, pour superbe qu'elle ait été, était la plus incommode qui se puisse imaginer. Je me souviens d'un dîner où le prince de Hesse s'était plaint auprès de sa sœur, la tsarine, d'avoir été assis «non pas à côté, mais sous l'impératrice», mot qui m'a bien fait rire lorsqu'on me l'a rapporté. Comme vous vous l'imaginez bien, s'asseoir avec une telle robe n'était pas facile, aucun moyen de s'appuyer le dos au dossier de sa chaise, il fallait rester tout au bord (ce qui, de toute façon, était la façon de s'asseoir préconisée pour une dame bien élevée), les jambes repliées en «z». Danser était tout un travail, et descendre un escalier un exercice périlleux. J'oserais même vous dire (ne montrez cette lettre à personne! ) qu'il fallait prendre ses «précautions» avant la moindre soirée et ne plus boire la moindre goutte d'eau quelques heures avant une réception, si vous voyez ce que je veux dire. «Une impératrice n'a pas de jambes» disait ma belle-mère, lorsque je me plaignais de longues stations debout. Pas de jambes, alors imaginez le reste! La mode de votre époque me semble éminemment plus confortable, mais il me semble qu'elle perd en beauté ce qu'elle gagne en confort. Mais je me trompe peut-être.

Que voulez-vous, quoi que vous en pensiez, je demeure prisonnière de mon époque sur certains points, et les canons de beauté et de confort ne sont évidemment pas les mêmes. Pour ma part, cela est secondaire puisque depuis la mort de mon fils, je ne porte plus que du noir, la couleur de mon âme. Tout au plus suis-je prête à me vêtir de gris pour une occasion très spéciale, mais cela ne m'est plus arrivé depuis les fêtes du Millénaire hongrois, en 1896. Quant à ma chevelure, elle est devenue pour moi, avec les années, pratiquement un corps étranger sur ma tête. Les perles et diamants que vous avez pu contempler sur certains tableaux n'y étaient mêlés que pour certains bals très particuliers. Plus de coiffures extravagantes pour moi, désormais, puisque j'ai renoncé à toute apparition publique depuis bien des années. Je n'ai fait qu'une exception pour la Hongrie en 1896, mais je ne me montre plus guère depuis la mort de Rodolphe. D'ailleurs, après avoir été considérée comme la plus belle femme d'Europe pendant plus de trente années, je me sens désormais incapable d'exposer au monde mon visage ravagé par les larmes et les douleurs. Je ne me sépare plus guère de ma voilette et de mon éventail de cuir noir, chère Élise, et les portraits aux vastes crinolines que vous décriez tant ne correspondent vraiment plus avec mes ailes de mouette noire. Ce n'est plus qu'un souvenir du temps où je vivais encore...

Sincèrement,
 
Élisabeth