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Chère impératrice d'Autriche, reine de Hongrie
et princesse de Bavière,
Nous voulions vous demander pourquoi votre mère la duchesse
Ludowika de Bavière n'est pas intervenue auprès de sa
sœur l'archiduchesse Sophie quand cette dernière vous prit vos
enfants. Nous, à la place de votre mère, nous nous
serions battus avec elle, car elle n'avait aucun droit de vous les
enlever. Nous comprenons votre souffrance, ça ne devait pas
être facile pour vous. La cour impériale aurait du
comprendre qu'une mère ne peut être privée de ses
propres enfants.
Nous espérons une réponse de votre part,
Bisous à vous,
Cassy et Marty
Très chers Cassy et Marty,
Cela vous semblera dur à lire, mais ma mère ne
désapprouvait nullement la façon de faire de sa sœur!
Comprenez, ma mère a vécu toute sa vie de femme
mariée avec l'impression que le sort avait été
injuste pour elle, lui faisant épouser un duc d'une branche
cadette alors que toutes ses sœurs avaient épousé de
très beaux partis. Elle avait toujours été
très soumise devant l'autoritarisme de ma belle-mère, et
lui était infiniment reconnaissante pour mon mariage avec
l'empereur d'Autriche, un mariage qui lui semblait une revanche pour sa
propre vie! Elle n'allait donc pas contredire sa sœur, qui m'avait fait
un si «bel avenir!». Au contraire, elle la plaignait pour
toutes les difficultés que je lui causais par mon attitude
frondeuse!
Je semble sévère pour ma mère, mais n'oubliez pas
que j'étais très jeune lorsque mes filles sont
nées, et que tout le monde me prenait moi-même pour une
enfant. J'ai réussi à récupérer
l'éducation de mes filles deux ans plus tard, mais pour voir
presque aussitôt ma fille aînée mourir dans mes
bras, en Hongrie, à l'âge de deux ans et demi... Qui a
été blâmée pour cette mort, croyez-vous? Ma
belle-mère, si bonne éducatrice, ou bien moi, si jeune et
si rebelle? Personne n'a eu besoin de me reprocher quoi que ce soit;
j'étais moi-même tellement persuadée de ma
culpabilité et de ma propre incapacité que j'ai
aussitôt cessé de lutter pour ma seconde fille,
Gisèle, puis pour mon fils Rodolphe. Ce n'est que lorsque
Rodolphe a eu six ans, et que j'ai vu que son précepteur
était pratiquement en train de le tuer, que j'ai retrouvé
au fond de moi le courage de lutter pour mon fils. Je l'ai
arraché aux mains de son tortionnaire en menaçant
François-Joseph de le quitter, rien de moins! Même ma
belle-mère, cette fois, n'a pas pu lutter.
Sincèrement,
Élisabeth
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