Pourquoi vous avez marqué l'Histoire ?
       

       
         
         

Beth

      Sissi, je fais présentement une recherche sur vous et j'aimerais savoir pourquoi vous avez marqué l'histoire puisque c'est un oral explicatif et il faut que je réponde à des questions pourquoi alors donc j'aimerais aussi savoir pourquoi les Hongrois vous aimaient tant et pourquoi encore aujourd'hui on se souvient de vous.

Merci.

Beth
          
          

Impératrice Sissi


 
Ma chère Beth, 

J'espère que ma réponse n'arrive pas trop tard et qu'elle sera utile pour ton travail scolaire. 

Ai-je vraiment marqué l'histoire? Seuls les gens qui vivent à ton époque pourraient le dire. Pour ma part, comme je t'écris depuis l'année 1898, je ne puis guère poser de jugement sur moi-même. 

Je suis heureuse d'apprendre que l'amour du peuple Hongrois pour moi perdure au-delà des siècles. J'ai tellement aimé ce pays! Dès ma première visite, en 1857, ce peuple a fait ma conquête. Comme on savait que ma belle-mère détestait ce pays, et qu'on connaissait mes divergences d'opinions avec elle, le peuple Hongrois m'a immédiatement fait confiance pour le défendre, et j'ai pris faits et cause pour lui. Malheureusement, j'ai vécu de très tristes moments au cours de ce premier voyage, car c'est durant cette visite que ma petite fille Sophie est morte au palais d'Ofen, à l'âge de 2 ans. Je n'oublierai jamais le respect et la sympathie que la foule nous a témoignés lorsque nous avons quitté le pays avec le petit cercueil... 

Avec les années, j'ai continué à m'intéresser à ce pays et à sa langue, et pour mieux approfondir le hongrois, j'ai engagé une jeune lectrice, Ida Ferenczy, qui m'a également transmis l'amour de son pays. Les leçons de hongrois se terminaient généralement par des discussions politiques. Pure coïncidence, Ida se trouvait être en correspondance avec Franz Deàk et avec le comte Andràssy, deux anciens révolutionnaires maintenant partisans d'un «Compromis» avec l'Autriche. Contrairement aux extrémistes comme Kossuth, Deàk et Andràssy voulaient que la Hongrie demeure dans l'empire d'Autriche, mais avec une constitution et un statut particuliers. 

En 1866, pendant la guerre austro-prussienne, mon époux m'a enjointe de me réfugier en Hongrie avec nos enfants devant l'avancée des troupes prussiennes vers Vienne. Ce peuple courtois et chevaleresque n'a jamais tenté de profiter de nos difficultés avec la Prusse pour se débarrasser de nous. Une fois la guerre terminée, je suis restée à Ofen encore quelques mois, et j'ai commencé à «travailler» mon époux pour qu'il considère le Compromis, afin de renforcer l'empire tout en s'assurant de la fidélité de ce grand peuple. Après bien des hésitations, Franz a fini par comprendre qu'il n'affaiblirait pas son pouvoir en accordant à la Hongrie ce qu'elle demandait, et que c'était le seul moyen de la maintenir de bon gré et non de force dans l'empire. 

Le 8 juin 1867 était le jour de mon triomphe, le jour où toutes mes démarches inspirées par l'amour que j'éprouvais pour ce noble peuple trouvaient enfin leur récompense. Ce jour-là, j'étais couronnée Reine de Hongrie, et l'empire d'Autriche s'appelle depuis lors l'empire d'Autriche-Hongrie. Ce qui signifie entre autres que la Hongrie possède désormais son propre parlement pour ses affaires intérieures et que la langue officielle de l'administration et de l'armée est désormais le hongrois et non plus l'allemand. Le peuple hongrois, sachant que le Compromis était mon oeuvre, m'a fait don du magnifique palais de Gödölö. Lorsque je suis en voyage et que je dis que je veux maintenant «rentrer chez moi», c'est de Gödölö et non de Vienne que je parle. Même mon époux aime s'y retirer lorsque, selon ses propres termes, les «Viennois deviennent par trop fatigants»! 

Voilà, ma chère enfant, les raisons de l'affection de la Hongrie pour moi. Une affection bien réciproque. Depuis 1867, je ne m'occupe plus du tout de politique, le Compromis a été ma seule et unique oeuvre, guidée uniquement par le coeur. 

Sincèrement, 

Élisabeth