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J'adore votre histoire et j'aimerais en savoir
plus sur votre vie qui n'a pas été très rose
malgré les grands bals, la fortune et le reste. Pouvez-vous me
dire comment votre soeur Hélène a réagi quand
l'Empereur vous a demandée en mariage? Si votre soeur a une
descendance, quelle est-elle? J'aimerais savoir si votre
belle-mère, l'Archiduchesse Sophie, était une femme
froide; et avoir plus d'informations sur elle.
Mille mercis.
Une admiratrice
Chère demoiselle,
Lorsque l’Empereur m’a demandée en mariage, surprenant tout
lemonde à commencer par moi-même, ma
sœurHélène a réagi avec infiniment de
dignitéet de noblesse d’âme. Jamais, en aucun moment, elle
ne m’en avoulu pour ce qui arrivait. Évidemment, la
blessured’amour-propre fut profonde, infligée ainsi devant une
Courcomposée d’un nombre appréciable de mauvaises
langues.Mais elle ne m’en a jamais tenue responsable. Le lendemain de
cettefameuse soirée, elle était aussi affectueuse avec
moiqu’à l’habitude, allant même jusqu’à
nousaccompagner en promenade en calèche, Franz, sa mère
etmoi. Elle s’est mariée quelques années plus
tardavec le prince Maximilien de Tours et Taxis, et a eu
quatreenfants. Malheureusement, ce mariage heureux n’a
duré quedix ans environ, le prince ayant été
emportérapidement par une maladie, laissant ma sœur
inconsolable. Son filsMaximilien est décédé lui
aussi, peu aprèsavoir atteint sa majorité. Elle a donc
repris en main lesdestinées de la famille de Tours et Taxis
jusqu’au momentoù elle a pu passer les rênes à son
fils Albert.
Quant à ma belle-mère, c’était une
femmesèche et autoritaire. Elle était
tellementhabituée, depuis des années, à
régenterfils et époux, qu’elle n’imaginait pas qu’une
jeune fille dequinze ans puisse lui tenir tête. Elle ne
vivait que pourl’Empire. Il fallait, en tous temps, montrer au monde
lasupériorité de la famille impériale pour
provoquerle respect, et cela se faisait au moyen de l’étiquette.
Ilétait donc très important pour elle de respecter
lesmoindres règles du protocole, puisque celles-ci nous
mettaientau-dessus du commun des mortels. Cela a fait d’elle une
femmemaniaque, soucieuse avant tout du «paraître», et
pourqui «l’être» n’avait aucune
espèced’importance. L’autorité de l’empereur devait, pour
elle, semanifester en toutes circonstances, ce qui éliminait
chez ellela moindre pitié envers les condamnés ou envers
lespopulations qui demandaient plus de liberté, comme les
Hongroispar exemple.
Je sais pourtant qu’elle était fort belle en sa jeunesse,
etqu’elle a beaucoup aimé le duc de Reichstadt, le fils
deNapoléon qui était plus ou moins
«prisonnier»à Vienne, dans la famille de sa
mère. Ledécès prématuré du Duc,
suivi deprès par celui de sa petite fille Anna,
âgée decinq ans, ont probablement contribué
à durcir son cœur.Aimer est peut-être devenu trop
douloureux pour elle. Mais nousne nous sommes jamais assez bien
entendues pour qu’elle se laisse alleravec moi à ce genre de
confidences; ce sont simplement desconclusions que j’ai tirées
de ce que j’ai entendu dire àson sujet par ses dames d’honneur,
en particulier la landgraveFürstenberg qui l’appréciait
beaucoup. Si elle avait su semontrer un peu plus humaine, un peu plus
souple aux débuts demon mariage, ce sont sans doute toutes mes
relations avec la Cour quien auraient été
changées, et peut-être neserais-je pas devenue la mouette
errante et blessée que je suisdepuis des années.
Amicalement,
Élisabeth
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