Laurence




L'Impératrice Sissi






Personnalité



Dans mon cours d'histoire nous devons choisir un personnage célèbre et je vous ai choisie. Nous devons trouver votre personnalité. J'ai cherché plus d'une heure et je n'en sais pas assez. Comment étiez-vous, quel était votre tempérament et quels étaient vos préférences, vos goûts... Bref je voudrais tout savoir sur votre personnalité. Êtes-vous allée à l'école?

Qu'avez vous-accompli et quel a été l'impact de votre accomplissement, Bref, à quoi, pensez-vous, est due votre célébrité encore aujourd'hui?

Merci.


Chère Laurence,
 
Vous me demandez rien de moins que ma biographie! Elle ne vous ennuierait pas, certes, mais comme j'aurai bientôt soixante et un ans, elle risquerait d'être un peu longue. Je crois que si vous lisez quelques lettres sur ma page Dialogus, vous en apprendrez beaucoup.
 
J'ignore pourquoi je suis célèbre à votre époque, chère enfant. Évidemment, comme je suis impératrice d'Autriche, il est normal que mon nom, à tout le moins, soit connu par la postérité. Mais de là à parler de «célébrité», je suis toujours un peu surprise...
 
Je peux vous tracer quelques grandes lignes. Je suis devenue impératrice d'Autriche à seize ans, tout à fait par hasard. François-Joseph devait épouser ma sœur Hélène, mais lors de leur rencontre organisée à Ischl, durant l'été 1854, ma mère avait décidé de m'amener aussi, afin que toute cette organisation matrimoniale passe un peu inaperçue et ressemble davantage à une simple réunion de famille. Dès qu'il m'a vue, ma pauvre sœur a complètement cessé d'exister pour Franz. Je n'étais nullement préparée à remplir un jour un rôle de souveraine, et surtout pas d'un état aussi puissant que l'était alors -et que l'est encore à mon époque, en 1898- l'empire d'Autriche! Et la cour d'Autriche était la plus rigoriste du monde... Moi qui avais été élevée très librement, auprès de parents aimants, me mêlant sans façon aux villageois de Possenhofen ou de Feldafing, je n'ai jamais su me faire à cette existence de quasi-potiche qu'on ne pouvait qu'adorer de loin, à qui on ne pouvait adresser la parole que si j'avais parlé la première... Je ne pouvais plus embrasser mes cousines, je ne pouvais plus sortir simplement visiter les boutiques, je ne pouvais plus que donner ma main à baiser à des personnes soigneusement triées sur le volet et sortir escortée d'un bon nombre de courtisans, après m'être fait annoncer à l'avance aux endroits visités. Je n'ai jamais pu m'adapter à cette vie, et très vite je suis devenue un élément «révolutionnaire» à la cour d'Autriche...
 
Mon mari avait été préparé dès l'enfance à cette vie, et ne comprenait pas que je puisse vouloir un peu de solitude, que je veuille élever mes enfants moi-même ou aller me promener simplement dans les rues de Vienne. Me jugeant charmante mais un peu enfantine, il a trouvé bon de confier mes enfants à sa mère, augmentant ainsi ma révolte contre la famille impériale, la cour, et finalement contre Vienne, qui était devenue pour moi le symbole de toutes les brimades que j'avais supportées pendant des années. Aussi me suis-je prise de passion pour le peuple hongrois, opprimé par les Habsbourgs (comme moi!), dont j'ai appris la langue au point de la préférer désormais à ma propre langue maternelle qu'est l'allemand, et dont j'ai épousé la cause politique. J'ai réussi, après la guerre contre la Prusse, à faire comprendre à François-Joseph que s'il voulait préserver l'intégrité de son empire, il devait accorder à la Hongrie le retour à son ancienne constitution, la traiter comme un véritable partenaire et non plus comme une province occupée par l'envahisseur. Cela a donné naissance à l'Autriche-Hongrie, grâce au compromis de 1867. Ce fut ma seule œuvre politique, dont je suis très fière et dont, trente ans plus tard, les Hongrois me sont encore reconnaissants.
 
J'ai vécu de nombreux deuils, dont les plus poignants pour moi furent la mort de mon cousin le roi Louis II de Bavière, mort dans le lac de Starnberg alors qu'un groupe de médecins corrompus par le nouveau régent Luitpold venaient de le déclarer fou, et la mort de mon fils, de mon unique fils Rodolphe, à Mayerling. Je ne me suis jamais remise de la mort de mon fils, que j'ai pourtant sauvé d'un gouverneur tyrannique dans son enfance, mais dont je n'ai ni vu, ni su comprendre la détresse dans les dernières années de sa vie. J'ai été la plus belle femme de mon époque, chère Laurence; mais désormais, c'est un visage strié de rides, rongé par les larmes, que je cache derrière une voilette noire ou une ombrelle, dans mes promenades quasi solitaires, avec une seule dame d'honneur. On me dit un peu folle, on me dit neurasthénique... Personne ne comprend que je suis simplement malheureuse.
 
Sincèrement,
 
Élisabeth