Laetitia
écrit à




L'Impératrice Sissi






Opéra



Bonjour Élisabeth,

Je suis très honorée d'écrire cette lettre à votre attention. Vous connaissez les nombreuses rumeurs vous concernant. Il est souvent difficile de démêler le vrai du faux. J'aimerais, pour ma part, savoir s'il est exact qu'à une représentation à l'opéra, des domestiques ont été envoyés à la place de leurs maîtres, aristocrates, ces derniers marquant ainsi leur désapprobation face à votre présence.

Je vous remercie par avance de votre réponse.

Laetitia

P.-S.:je trouve vos poèmes charmants!


Bonjour Laetitia,
 
Il est vrai, en effet, que des domestiques ont été envoyés à la place de leurs maîtres, lors d'une représentation à la Scala de Milan. Ils portaient une livrée de deuil, en plus, pour ajouter à l'insulte. Les aristocrates n'en avait pas contre notre personne en particulier, à Franz et moi, mais en avaient plutôt contre la présence de l'Autriche en Italie. Une révolte avait eu lieu en mille huit cent quarante-huit, comme en bien d'autres endroits en Europe, et avait été durement matée par le maréchal de Radetsky. Les Italiens disaient «nous ne demandons pas que l'Autriche devienne plus humaine, nous demandons qu'elle s'en aille!» 

Après la défaite de l'Autriche contre la France, à Solferino, François-Joseph a remis une bonne partie de ses possessions italiennes à Napoléon III, qui les a ensuite remises au royaume de Piémont, ce qui fut le début de l'unification italienne. Le mouvement ne s'est pas arrêté par la suite, et ma propre sœur a bientôt perdu elle aussi son trône de Naples et des Deux-Siciles. Lorsque les troupes de Garibaldi se sont ensuite approchées de Rome, où elle avait trouvé refuge sous la protection du Pape, elle a dû fuir complètement la péninsule avec son époux, le roi François, et elle mène, depuis lors, une vie assez libre entre la France, la Suisse, l'Angleterre et, évidemment, la Bavière. J'ai longtemps envié sa liberté, sa situation de «reine à la retraite» qu'elle me faisait miroiter, avant de me rendre compte qu'en fait, elle aurait tout donné pour être encore reine. La fascination des couronnes...
 
Amicalement,
 
Elisabeth