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Bonjour Votre Majesté,
J'aimerai savoir si vous vous êtes sentie un peu obligée
de vous marier quand il a annoncé aux autres vos
fiançailles?
Roxanne
Chère Roxane,
En théorie, j'avais le choix. Lorsque ma mère m'a
présenté la demande de Franz, elle m'a dit qu'il avait
insisté pour qu'aucune pression ne fût exercée sur
moi, qu'il était conscient que son fardeau était lourd et
que ce ne serait pas facile de le porter avec lui. Elle m'a ensuite
demandé si je me croyais capable de l'aimer. Dans l'exaltation
de mes quinze ans, j'ai répondu que oui, je pourrais aimer
l'empereur, en ajoutant: «si seulement il n'était pas
empereur!». Ce à quoi ma mère a répondu
qu'on n'envoie pas promener un Empereur d'Autriche…
Avais-je le choix? La question ne se posait même pas.
François-Joseph m'avait choisie, je deviendrais son
épouse. Franz m'adorait visiblement; alors que tant d'autres
princesses se mariaient sans être aimées, j'aurais
été bien mal venue d'émettre la moindre
réserve. J'avais quinze ans, j'étais terriblement
intimidée par cet homme charmant et puissant qui venait de me
distinguer, moi qui étais si peu de chose, et il ne m'est
même pas venu à l'esprit que je pourrais dire non. Ce qui
m'arrivait entrait dans l'ordre normal des choses pour une princesse de
mon âge, voilà tout. Aujourd'hui, je reconsidère
tout cela d'un oeil bien différent. Le mariage est une
institution absurde. Enfant de quinze ans, on est vendue à
autrui, on prononce un serment qu'on ne peut ni comprendre, ni renier,
et qu'on regrettera encore après 30 ans ou plus…
Sincèrement,
Élisabeth
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