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Bonjour Élisabeth,
J'aurais plusieurs questions par rapport à l'entretien de votre
minceur et de votre beauté. Vous vous pesez deux fois par jour.
À quels moments de la journée exactement? Mises à
part vos habitudes alimentaires quelque peu draconiennes et le sport
excessif, usez-vous d'autres méthodes afin de perdre du poids
ou, tout du moins, de préserver vos cinquante kilos? Si oui,
lesquelles? Quelles recettes utilisez-vous afin d'entretenir vos
magnifiques cheveux, d'hydrater votre peau, bref, afin d'entretenir
votre beauté? Est-il coutume dans votre temps de
s'épiler? Vous faites de la gymnastique quotidiennement. En quoi
consistent vos exercices? Votre taille est de cinquante
centimètres, mais avec ou sans le corset? Vous avez
expérimenté plusieurs régimes: œufs et laitages,
jus de viande, oranges et j'en passe. Lequel a été le
plus efficace au niveau de la perte de poids? Comment luttez-vous
contre la faim (au tout début de vos restrictions du moins)?
Avez-vous des moments de compulsion alimentaire dus aux restrictions
que vous vous imposez? Vous maquillez-vous? Si oui, avec quoi et
comment?
Je vous remercie sincèrement de prendre la peine de me
répondre,
Anneliese
Bonjour Anneliese,
Mes recettes de beauté ont défrayé la manchette de
plusieurs journaux, à mon époque. Certaines
étaient totalement fausses et farfelues, d'autres
n'étaient publiées que dans le but de me faire
détester et mépriser de la population (les Viennois, en
particulier, m'apprécient fort peu, ce que je leur rend au
centuple!), mais je me ferai un plaisir d'en partager quelques-unes
avec vous.
Le mélange utilisé pour le soin de mes cheveux est un
secret que ma coiffeuse Fanny Feifalik garde jalousement. Il s'agit
d'un mélange où entrent certaines huiles, des œufs, du
cognac et certains ingrédients moussants qui, je vous l'accorde,
donne à ma chevelure un volume et un brillant
inégalés. Même aujourd'hui, à soixante ans,
ma chevelure descend presque à mes talons, et Fanny arrive
encore à créer cette fameuse couronne de nattes
entremêlées au-dessus de ma tête; une couronne dont
j'arrive à me débarrasser bien plus difficilement que de
n'importe quelle autre couronne! Je suis véritablement l'esclave
de mes cheveux...
Cinquante centimètres, c'est mon tour de taille avec le corset.
Le laçage prend presque une heure tous les matins, et à
une certaine époque, je faisais même coudre certains
vêtements directement sur moi pour m'assurer qu'ils tombent bien
et qu'ils affinent encore ma silhouette. Je conserve encore cette
silhouette, aujourd'hui, en mangeant très peu, en buvant
beaucoup d'eau et en marchant beaucoup, le seul exercice que je puis
encore faire facilement. Ma sciatique m'interdit désormais
l'escrime, que j'ai pratiqué quelques années, et j'ai
renoncé à l'équitation il y a plus de dix ans. Moi
qui, la veille encore, ne craignais rien, du jour au lendemain j'ai
pris peur, je me suis mise à craindre tout fossé et toute
haie comme un danger mortel. Je n'ai conservé que quelques
chevaux favoris pour des promenades tranquilles, auxquelles j'ai
graduellement renoncé aussi. Je marche des heures et des heures,
au grand dam de mes dames d'honneur. Elles ne sont plus
sélectionnées sur leurs quartiers de noblesse,
désormais, mais surtout pour leurs capacités sportives!
Je fais encore des étirements tous les matins, je me suspens
à des anneaux que j'ai fait installer à la Hofburg (ma
belle-mère doit s'en retourner dans sa tombe) et je m'assure de
garder ma souplesse. Les femmes de mon âge ont depuis longtemps
renoncé à bien paraître et ressemblent, pour la
plupart, à des tonneaux! Je n'ai malheureusement pas pu
conserver la beauté de mon visage, en revanche; les larmes, les
deuils y ont creusé de profonds sillons, et je vais
désormais pratiquement masquée, le visage caché
par une voilette, un éventail ou une ombrelle. Je ne veux plus
être prise en photographie ni qu'on fasse mon portrait; ainsi,
votre époque ne verra de moi que la belle impératrice aux
étoiles, superbement peinte par le grand talent de Monsieur
Winterhalter. C'est l'image que je veux vous laisser.
Sincèrement,
Élisabeth
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