Michel
écrit à




L'Impératrice Sissi






Marie-Antoinette



Votre Majesté,

Tout d'abord, sachez que c'est un grand honneur de reprendre ma correspondance avec Votre Majesté. J'espère que vous vous portez bien.

J'aurais aimé savoir ce que vous pensez de votre arrière-grand-tante, l'archiduchesse Marie-Antoinette, reine de France. N'avez-vous pas peur que, dans votre quête éperdue de voyage et fuyant sans cesse Vienne, le protocole et vos sujets, vous ne deveniez -comme elle le fut- impopulaire et de finir assassinée? Je sais que vous aimez à répéter que votre «âme s'enfuira par une toute petite ouverture du cœur». Si cela s'avérait un jour juste?

Avec mon plus profond respect,

Michel


Cher Michel,
 
Tout d'abord, une petite précision d'ordre généalogique… Marie-Antoinette, fille de la grande impératrice Marie-Thérèse et de l'empereur François Ier de Lorraine, descend des ducs de Lorraine et des Bourbon par son père (elle est petite-fille de Monsieur, frère de Louis XIV, et des Habsbourg d'Espagne et des princes Palatin par sa mère… Elle ne m'est donc apparentée que de très loin (par les Palatin et les Wittelsbach), mais surtout par mariage, étant en effet l'arrière-grand-tante de François-Joseph (sœur de l'empereur Léopold, lui-même père de François II –devenu François 1er d'Autriche par la «grâce» de Napoléon– grand-père de Franz.)
 
Cette petite précision étant apportée, je puis vous répondre que je ne crains nullement les conséquences de ma fuite... Je crois que Marie-Antoinette s'était fait de nombreux ennemis, principalement par la légèreté de ses comportements et par son manque d'empathie pour le peuple. Pour ma part, si je «jouis» en effet d'une impopularité notable en Autriche, c'est principalement en ce qui concerne les grandes familles de la noblesse de Bohême et les courtisans en tout genre. Le peuple, j'en ai plusieurs preuves au quotidien, continue de m'aimer. Les gens savent bien que si je rejette Vienne en bloc, la faute en est surtout imputable à la façon dont on a voulu faire de moi un bibelot de salon, dans les premières années de mon mariage. Si on m'avait laissé agir à ma guise, marcher dans les rues comme les ancêtres -même ceux de Franz en avaient l'habitude- côtoyer les gens là où ils sont, approcher le «vrai», j'aurais aisément pu m'adapter, puisque c'est ainsi que je vivais en Bavière. Mais on a voulu faire de moi un objet de représentation, à l'usage seul de la Cour; ma belle-mère et sa coterie m'ont reléguée dans une solitude totale, provoquant une rupture définitive entre moi et la cour d'Autriche.
 
Finir assassinée? Et qui voudrait donc assassiner une vieille dame en noir, qui ne fait de mal à personne? Et quand cela serait, y aurait-il donc un si grand mal? Je mourrais rapidement, loin des miens, leur épargnant le triste spectacle d'une longue agonie comme celles de ma belle-mère ou de ma pauvre sœur Hélène... Alors dites-moi, serait-ce un si grand mal que de mettre fin à mon tourment perpétuel, à ce mal de vivre qui ne me quitte pas? J'en remercierais presque celui qui y mettrait fin, et le repos éternel n'en serait que meilleur... D'ailleurs, je m'y attends. Je l'ai dit à mon beau-frère d'Alençon l'été dernier, et je vous le répète: nous mourrons tous de mort violente.
 
Sincèrement,
 
Élisabeth