Zoé Lefebvre
écrit à




L'Impératrice Sissi






Ma petite sœur



Chère impératrice,

Je tenais à vous dire que quand  j’étais petite, j’étais une grande fan de vous! Puis, ma petite sœur, Clara, âgée de sept ans, a repris tous les épisodes que j’avais achetés. Quand je lui ai dit que je devais vous écrire une lettre pour un travail de français, elle voulait que je vous pose plusieurs questions à votre sujet:

- Qu’est-ce que vous devenez?
- Où habitez-vous maintenant?
- Pourquoi ne passez-vous plus à la télévision?
- Comment s’appelait votre cheval ?

Voila merci de me répondre le plus vite possible afin que je puisse lui transmettre les réponses.

Cordialement,

Zoé Lefebvre


Chère Zoé,
 
Ma «résidence officielle» se trouve toujours en Autriche, bien que j'aie horreur d'y résider. La Hofburg, à Vienne, durant l'hiver, et généralement Schönbrünn durant l'été. Je séjourne également parfois à Lainz, que vous appelleriez probablement la «banlieue» de Vienne, dans la Villa Hermès que m'a offerte mon époux, et nous passons généralement nos vacances à Ischl. Nous y séjournons habituellement en août, pour l'anniversaire de Franz.
 
Toutefois, ma présence à Vienne se fait rare, et les Viennois me le reprochent cordialement. Que voulez-vous, je n'ai jamais pu me faire à cette vie qu'on tentait de me faire mener dans ma jeunesse, faite uniquement de représentation; éviter le plus possible de penser, d'avoir des initiatives, n'être qu'un automate... J'ai malheureusement fini par associer la capitale à la cour, alors que la cour seule est vraiment coupable!
 
Ce que je fais présentement? Je voyage, j'étudie le grec moderne et le grec ancien, je lis de la poésie, des ouvrages philosophiques, je marche... J'ai délaissé l'équitation, qui était le cœur de ma vie, depuis une douzaine d'années. Au retour de ma dernière saison de chasse en Angleterre, soudainement, le cœur n'y était plus. Moi qui, la veille encore, ne connaissais pas la peur, voilà que je voyais une menace dans chaque haie, dans chaque fossé que je devais sauter. J'ai remplacé l'équitation par l'escrime pendant un certain temps, mais surtout par de longues promenades à pied qui épuisent mes pauvres dames d'honneur. Les aristocrates ne se bousculent plus pour faire partie de ma suite: on sait désormais qu'une bonne santé et des capacités de marcheuse infatigable sont plus importantes que les seize quartiers de noblesse autrefois requis pour faire partie de mon entourage!
 
Ma chère enfant, je vis actuellement en 1898. Août s'achève, et je repartirai bientôt en cure, les médecins l'ordonnent pour ma santé. J'aurai soixante-et-un ans en décembre, le 24 très exactement. C'est donc dire qu'à mon époque, ce que vous appelez «télévision» m'est totalement inconnu. Les frères Lumière viennent à peine de faire connaître le cinémascope, et c'est même la démonstration de l'un de ces appareils à images qui a causé la mort de ma pauvre sœur Sophie, lorsqu'un appareil a lancé une flamme durant le Bazar de la Charité l'an dernier *. Le gaz a mis feu à la salle, carbonisant des centaines de personnes, dont ma pauvre sœur, la duchesse d'Alençon. Je ne sais donc pas très bien de quoi vous parlez lorsque vous me demandez pourquoi je ne passe plus à la télévision. Peut-être avez vous vu des histoires inspirées de ma vie, dans votre drôle de boîte à images... Si j'en juge par tout ce que d'autres correspondants m'ont déjà raconté sur les films et autres documents visuels que l'on voit à votre époque, j'insiste sur le terme «inspirées», car ce qu'on m'a raconté ressemble fort peu à ma vie!
 
Quant à mon cheval, il faudrait plutôt dire «mes chevaux» car j'en ai eu des quantités... Mon dernier cheval, avant que je n'abandonne tout à fait l'équitation au milieu des années 1880, s'appelait «Nihiliste», ce qui veut dire à peu de chose près «révolutionnaire». Un mot qui me décrit très bien, mais qui peut sembler paradoxal chez une impératrice! Cependant, à en croire l'opinion publique à mon sujet (à mon époque du moins), disons que je ne suis pas à un paradoxe près!
 
Amicalement,
 
Élisabeth