Yann de France
écrit à

   


L'ImpératriceSissi

     
   

Malgré tout

    Majesté,

J'ai lu que, malgré tout ce que votre belle-mère vousavait fait subir, c'est votre Majesté qui l'avait soutenue lorsde son trépas. Est-ce vrai?

J'aimerais savoir, également, s'il est possible au peupled'entrer dans la Crypte des Capucins afin de rendre un hommage àtoute votre famille?

Je dépose aux pieds de Votre Majesté, mon profond respect,

Yann de France

Cher Yann,

J’ai en effet assisté mabelle-mère dans ses derniersinstants. J’ai même passé un long momenttout-à-fait seule auprèsd’elle, tout le monde s’étant senti délivré etayant déguerpi àl’annonce du petit-déjeuner! «Leurs Altesses sontservies». Tous cesgens serviles qui avaient passé leur vie à tourner autourd’elle, àl’appeler – sous mon nez! – «notre impératrice»,n’ont pas hésité uninstant à aller remplir leurs ventres vides, ce hideux travailderemplissage… C’est fou comme l’instinct de survie est tenace,même faceà la mort d’un autre!

Oui, je suis restéeauprès de celle parqui j’avais tant souffert. Pourquoi ne l’aurais-je pas fait? Tant dechose s’abrogent, à l’approche de la Mort, cher enfant, tant dechosessemblent futiles! Pourquoi tant de haine, pourquoi tant de rancoeurs?Tellement de choses auraient pu être différentes avec unpeu decompréhension de son côté, qui auraitentraîné davantage decollaboration de ma part.  Je devais rester là, entête-à-tête avecelle, à l’affût d’une ultime explication malgré sonétatd’inconscience, tentant de comprendre ce qui avait été,ce qui auraitpu être et ce qui a été perdu à cause de nosentêtements réciproques. J’étais devant un être humain qui aurait àcomparaître dans lesprochaines minutes face à son Créateur; quiétais-je pour émettre, à cemoment-là, mon propre Jugement? Je suis restée pourl’accompagner danscet ultime voyage, celui qu’il me tarde de faire à mon tour,maiségalement pour soutenir Franz que la perte de sa mèreaffectaitcruellement. Dans les moments difficiles, dans les deuils comme dansles guerres, je suis toujours restée auprès de Franz pourlui témoignertoute ma tendresse et ma sollicitude.  Il avait besoin de moi; enassistant sa mère, c’est lui également que jeréconfortais, et celam’importait beaucoup.

Amicalement,

Élisabeth