Méline
écrit à

   


L'Impératrice Sissi

     
   

Madame l'impératrice!

    Après avoir lu nombre d'ouvrages et vu nombre d'autres liens vous concernant, je viens vous dire que votre vie a été des plus simple. En même temps, votre règne témoigne également de votre grandeur!

Passons votre mariage avec François-Joseph, qui a été des plus somptueux, et de la naissance de vos quatre enfants. Si je me souviens bien, la mort de votre première fille Sophie a dû être vraiment douloureuse pour vous.

Méline



Chère Méline,

Si «mon» règne présente de la grandeur, tout le mérite en revient à mon époux, François-Joseph. Travailleur acharné, esclave du devoir depuis son plus jeune âge, il a un sens des responsabilités poussé à l'extrême et jamais, même dans les moments les plus sombres, même le jour de l'annonce de la mort de notre fils, il ne s'est dérobé à la moindre de ses obligations. Les Viennois, respectueux, voient la fenêtre de son bureau allumée dès quatre heures du matin et murmurent entre eux «notre Empereur travaille».

J'ai énormément d'estime pour Franz. Il aurait mérité une épouse capable de l'épauler, une femme qui aurait su se faire à cette vie de représentation qu'on a tenté de m'imposer, une femme surtout qui aurait su accepter l'autorité de l'archiduchesse Sophie comme supérieure à toute autre. Mes heurts avec l'archiduchesse, mon impossibilité à accepter ce rôle de poupée de vitrine, le seul que l'on envisageait pour moi, m'ont empêchée à tout jamais de remplir ce rôle. Oui, nous avons eu l'amour et le miel du printemps. Mais en ce qui me concerne, les déceptions, les chagrins, la dureté de la vie de Cour, les mesquineries quotidiennes, tout cela a tôt fait de rancir le miel, et l'amour s'en est allé avec le printemps.

Franz était entraîné à ce mode de vie depuis son enfance, moi non. Il aurait dû choisir Hélène, comme cela était prévu. Elle l'aurait sans doute rendu plus heureux que moi, elle se serait accommodée des tracasseries du protocole pour lesquelles elle était préparée, et moi, mariée à un quelconque hobereau de province, peut-être aurais-je pu moi aussi être heureuse.

Je retiens toutefois un aspect positif au fait d'avoir été impératrice, celui d'avoir pu jouer un rôle dans la reconnaissance officielle de cette grande nation qu'est la Hongrie. Une autre femme se serait peut-être pliée aux vues de l'archiduchesse et de l'archiduc Albert, le clan des ultras pour lesquels la Hongrie n'était rien d'autre qu'une province et devait être traitée comme telle. Une autre femme que moi ne se serait peut-être pas attachée à ce noble peuple par un pur élan du cœur. Pour cela, du moins, je suis fière d'avoir été «Madame l'Impératrice», mais je suis surtout fière de mon titre de Reine de Hongrie.

Amicalement,

Erzsébet Kyráliné (la reine Élisabeth)