Lucie
écrit à




L'Impératrice Sissi






Lettre d'admiratrice



Chère Élisabeth,

Je suis tellement heureuse de pouvoir vous parler! Je vous admire énormément, vous êtes si forte et si aimable, remplie de bon sens. J’espère que la Bavière de votre enfance ne vous manque pas: vous étiez si heureuse de vivre auprès de vos parents et de vos nombreux frères et sœurs... Votre père vous emmenait à la chasse et vos animaux de compagnie étaient nombreux.

Mais être souveraine d'Autriche n'a pas l'air commode tous les jours. L'archiduchesse, votre tante Sophie, est-elle toujours aussi dure avec vous? Grâce à votre caractère et à votre jeunesse vous avez su convaincre le peuple d'Autriche; vous êtes radieuse et avez la joie de vivre! Franz, votre tendre et cher époux, est toujours à vos côtés. Et votre fille, la douce petite Sophie, a-t-elle grandi auprès de vous?

Je vous écris car je voudrais savoir comment vous avez eu le courage d'en arriver là, de prendre le risque de laisser votre famille là-bas en Bavière, où vous avez passé les plus beaux moments de votre enfance, avec le faon Xavier ou votre cheval, par exemple! L'amour entre vous et Franz, votre cousin, est tellement parfait! À Vienne, le soir où Franz vous a choisi à la place de votre sœur, vous étiez tellement surprise! C'était le soir de son anniversaire. Vous étiez déjà destinée à devenir la  souveraine d'Autriche.

La Hongrie est maintenant votre pays! Vous êtes si imprévisible, vous avez été couronnée reine et roi de Hongrie avec Franz. Vous avez énormément de responsabilités et vous savez tout gérer sans le moindre faux pas... je vous admire.

Respectueuses salutations! En attente d'une réponse,

Lucie


Bien chère Lucie,

J'ai bien peur que vous ne vous soyez laissée abuser par les films roses sirupeux qui ont cours à votre époque et qui donnent de ma vie une vision totalement romancée.

Je risque de vous plonger dans une profonde désillusion, chère enfant, en vous disant que ma petite Sophie est morte à l'âge de deux ans, que mon mariage avec Franz, bien qu'il y ait eu de l'amour des deux côtés au départ, n'a pas été aussi romantique que vous l'imaginez (« on n'envoie pas promener un empereur d'Autriche », m'a simplement dit ma mère en me transmettant sa demande en mariage) et que la joie de vivre m'a quittée assez tôt. J'ai heureusement pu aider Franz à conserver ce noble pays qu'est la Hongrie au sein de l'Empire, et je me sens effectivement beaucoup plus hongroise qu'autrichienne. Vous seriez surprise de savoir qu'à soixante ans, je ne suis guère aimée en Autriche, où l'on considère que je n'ai jamais su remplir convenablement mon devoir de souveraine. J'étais pourtant pleine de bonnes intentions, lors de mon mariage. Mais ma belle-mère, en tentant de faire de moi une impératrice selon son cœur, a davantage essayé de me « dresser » que de faire mon éducation. Ses intentions étaient certainement excellentes, mais ses manières rudes. Je suis de ces êtres qu'il faut guider et non dresser, et ses méthodes n'ont réussi qu'à dresser entre moi et la cour un fossé profond que les années n'ont jamais su combler.

Il me reste à tout le moins l'amour de Franz et la compagnie de mes chères dames hongroises. Même si je n'ai jamais aimé Franz comme lui m'aimait, il reste cependant l'être que je désire le moins chagriner sur cette terre, et je lui voue un respect et une tendresse profonde. C'est pour lui surtout que je m'efforce, chaque année, de passer quelques semaines dans cette ville de Vienne que je déteste et que je fuis tant que je le peux. L'été dernier, lors d'un de mes voyages, il est même venu me rejoindre sur la Riviera française, et je dois dire que ce charmant monsieur a été aux petits soins pour moi. J'espère de tout cœur ne pas lui survivre, je ne le supporterais pas.

Sincèrement,

Élisabeth