Dorine
écrit à

   


L'Impératrice Sissi

     
   

Lettre à Sissi

   

Bonjour Votre Majesté,

Je m'appelle Dorine et je voudrais savoir le nombre d'enfants que vous avez? Combien avez-vous de filles et de garçons? J'aurais aimé porter une de vos robes et savoir comment danser la valse. Aimiez-vous danser la valse avec votre mari? Je vous souhaite un bon voyage et j'espère que vos rêves se réaliseront.

Dorine



Chère Dorine,

J'ai eu quatre enfants dont deux seulement survivent encore au moment où je vous écris. Ma petite Sophie, née en 1855 et morte en 1857, suivie de Gisèle, qui est née en 1856 et qui vit toujours à Munich avec son brave Léopold. Mon fils Rodolphe né, en 1858 et mort en 1889, à Mayerling, dans des circonstances qui ont fait suffisamment de bruit pour que je ne m'y attarde pas ici. Finalement, ma Valérie chérie, la seule que j'aie pu garder près de moi et élever à ma guise, la seule qui fut proche de mon coeur, est née en 1867.

Sans doute auriez-vous aimé porter l'une de ces magnifiques toilettes à crinoline, mais je vous assure que vous auriez été ensuite bien aise de l'enlever! Dieu que ces robes étaient lourdes, inconfortables et incommodes! La crinoline, voyez-vous, était une véritable cage de fer sur laquelle s'évasait la robe, et pesait à elle seule plusieurs kilos. Marcher, danser et surtout descendre un escalier avec cet attirail relevait de l'exploit. Je n'ai pas dansé bien souvent avec Franz, chère amie. L'empereur et l'impératrice ne peuvent danser ensemble que la toute dernière danse de la soirée; le reste du temps, nous dansions avec les partenaires prévus par le protocole: ambassadeurs, hauts dignitaires, invités d'honneur. Comme Franz et moi avions l'habitude de nous retirer très tôt, vers 21h00, soit bien avant la fin du bal, vous pouvez juger que nous n'avons dansé ensemble qu'à de très rares occasions. Du reste, je n'ai jamais été très douée pour la danse, ce n'est guère que durant l'hiver 1860 que j'y ai pris un réel plaisir. Et encore, était-ce principalement par provocation contre la Cour. J'organisais des «bals d'orphelins» où j'invitais de jeunes couples parfaitement titrés selon le protocole, mais je n'invitais pas les mères des jeunes filles. C'était inconvenant, mais beaucoup plus amusant. François-Joseph n'assistait pas à ces bals, il préférait se coucher tôt pour pouvoir aller chasser le lendemain matin.

Quant à mes rêves, chère enfant, je n'en ai plus qu'un seul: achever au plus tôt cet épuisant périple sur Terre et reposer enfin dans la Crypte des Capucins, près de mon fils Rodolphe. Ma place est là, toute prête, sous la fenêtre d'où on entend pépier les moineaux.

Amicalement,

Élisabeth