Camille
écrit à




L'Impératrice Sissi






Lettre afin de vous connaître



Chère Sissi,

Je vous écris car je vous tiens en grande estime. J'aimerais faire plus ample connaissance avec vous afin de mieux vous comprendre.
 
Vous me fascinez par votre courage. Je souhaiterais savoir comment vous avez fait pour affronter les différentes épreuves de votre vie. Vous avez notamment perdu votre fils Rodolphe, votre fils bien-aimé. Vous deviez supporter votre belle-mère au caractère difficile et intolérant envers vous.

Vous étiez également en avance sur votre temps, vous étiez indépendante et n'hésitiez pas à voyager seule sans votre époux l'empereur François-Joseph.

Nous avons un point commun: vous détestiez l'étiquette stricte et rigide de la cour de Vienne. Je l'ai découvert par hasard en regardant un reportage qui vous était dédié. Je vous comprends. J'ai lu de nombreux livres sur votre vie. J'aimerais beaucoup communiquer avec vous afin d'apprendre à vous connaître.

Je vous remercie d'avoir prêté attention à ma lettre, et je suis impatiente de vous lire.

Recevez, chère Sissi, toutes mes salutations dévouées,

Votre dévouée Camille


Chère Camille,

La vie ne m'a évidemment fait aucun cadeau, malgré les apparences. Bien sûr, je suis impératrice. Pour beaucoup, j'ai obtenu là un cadeau du ciel, un cadeau qui ne m'était nullement destiné puisque c'est Hélène que l'archiduchesse Sophie avait choisie pour être impératrice. L'amour de François-Joseph en a décidé autrement, et je crois que c'est surtout cela qu'elle ne m'a jamais pardonné, cette première désobéissance de son fils dont je n'étais cependant nullement responsable puisque je n'avais rien recherché. Avec le recul des années, je crois d'ailleurs sincèrement que François-Joseph aurait dû s'en tenir au choix de sa mère. Hélène avait été élevée dans le but de devenir impératrice, elle savait déjà quels renoncements cela impliquerait dans sa vie, elle aurait été une parfaite épouse pour Franz. Moi? Un cheval échappé, une rebelle, je n'ai jamais pu me faire à ce carcan. La «Kerkerburg», le «Palais-prison», voilà le nom que je donne au palais de la Hofburg. Il n'est pas étonnant que je cherche à fuir cet endroit dès que l'occasion m'en est donnée.

Après bien des épreuves, bien des maladies et bien des deuils, François-Joseph a fini par comprendre que la meilleure façon de rester proche de moi était de me permettre de m'éloigner. Oui, je voyage seule, sans lui, mais nous entretenons chaque fois une correspondance qui suffirait à faire vivre un service postal! Éloignés physiquement, nous n'en sommes que plus attachés l'un à l'autre, nous souciant constamment de notre bien-être réciproque. Je n'ai jamais eu pour lui l'amour dévorant qu'il a pour moi, mais il m'inspire une infinie tendresse, du respect, et il est l'être au monde que je souhaite le moins chagriner sur cette terre. Tout comme moi, il a eu son lot de malheurs, et seule l'ardeur au travail qui l'anime lui a permis de passer à travers la perte de notre fils unique. C'est le sens du devoir qui le tient enchaîné à son bureau, car il n'a évidemment pas le même souci de transmettre l'héritage à son neveu François-Ferdinand -qu'il n'aime guère- que celui qu'il avait de le transmettre intact à Rodolphe. Cette ardeur au travail, tous ses sujets lui en sont reconnaissants. «Notre empereur travaille», murmurent-ils lorsqu'ils voient la lumière de son bureau s'allumer, dès cinq heures du matin. Seul l'amour et le respect que Franz inspire permettent à cette mosaïque de peuples disparates qui forment l'empire austro-hongrois de tenir. Dès qu'il fermera les yeux -et j'espère alors ne pas voir cela, partir avant lui- l'Empire éclatera, j'en suis persuadée. J'ai d'ailleurs conseillé fortement à ma fille Valérie de quitter l'Autriche dès que son père ne sera plus là, car ce n'est certes pas François-Ferdinand qui pourra inspirer le même dévouement.

Amicalement,

Élisabeth