Élisabeth
écrit à




L'Impératrice Sissi






Le son de votre voix




Kedves Élisabeth,

Je rêve de vous depuis bien longtemps. Depuis longtemps je vous admire, à tel point que mon petit ami, quand il a quelque chose à se faire pardonner, m'appelle «ma Sissi».

Depuis quelques temps, mon travail tourne autour de vous: j'ai parlé de vous (en néerlandais), je vous ai dessinée (non sans vous enlaidir malheureusement) et en faisant ce dessin, je me suis rendue compte que les traits de votre visage m'étaient familiers. Dans le même temps, je me suis aperçue que je ne savais pas l'air que vous aviez quand vous souriiez ou quand vous riiez, et je ne savais pas quel était le son de votre voix. Pourriez-vous donc me le décrire?

Je voudrais aussi vous parler de Gisèle. On parle souvent d'elle comme étant «la fille mal-aimée». Je sais que vous ne l'avez pas élevée, mais de là à ne pas l'aimer, j'ai du mal à le concevoir. Pourriez-vous m'éclairer sur les relations que vous entretenez avec votre fille?

Je vous remercie de votre attention et j'espère de tout cœur que ma lettre aura amené un peu de soleil dans votre journée.

Pályázat gondolatok,

Élisabeth (eh oui...!)

PS: j'espère que je n'ai pas fait de fautes en hongrois; j'ai pensé que c'était là la meilleure façon de vous saluer.

Chère Élisabeth,
 
Vous avez effectivement trouvé une façon délicate et courtoise de m'offrir vos meilleurs pensées...
 
Ma voix, à ce qu'en disent ceux qui m'entourent, est très douce, mais tous déplorent le fait que je ne parle pas assez fort. François-Joseph surtout, qui devient un peu dur d'oreille en vieillissant, s'en plaint souvent. Cela ne date pas d'hier. Il y a bien des années, un monsieur très sourd était assis près de moi et n'osait pas me demander de répéter. Donc, lorsque je lui ai demandé «Êtes-vous marié?» il m'a répondu «Peut-être...» et à la question «Avez-vous des enfants?» le pauvre a répondu «De temps en temps, Majesté!» C'est que ma belle-mère m'a tellement traumatisée avec mes dents que, plus de quarante ans plus tard, je parle encore en desserrant les lèvres le moins possible, afin de les cacher, et je souris également la bouche close... quand je souris! Car je n'ai plus guère de raisons de sourire, depuis une dizaine d'années, chère enfant. La mort m'a enlevé les êtres qui m'étaient les plus chers, et je n'aspire plus qu'à les rejoindre.
 
Que vous dire au sujet de Gisèle, chère amie? Ne pas l'aimer est peut-être un peu fort, en effet, lorsqu'on parle du lien entre une mère et sa fille. Mais il reste que Gisèle a été si peu ma fille, et j'ai si peu, sinon rien en commun avec elle! J'étais prête à l'aimer lorsqu'elle était petite, mais la mort de son aînée, ma petite Sophie, m'a confortée dans l'idée de ma tragique incompétence en tant que mère. On m'a tellement seriné que j'étais incapable d'élever mes enfants, que j'ai fini par y croire. La mort de Sophie m'a paru comme une punition pour ne pas avoir écouté les affirmations de ma belle-mère. J'ai donc pratiquement «renoncé» à Gisèle, afin de ne pas lui nuire. Comment donc, alors, m'y serais-je attachée? Je ne pouvais la voir qu'à heure fixe, entourée d'une nuée de corneilles, il n'y a pas d'autre mot, tout à la dévotion de ma belle-mère, ce qui n'encourageait évidemment pas les manifestations affectueuses, autant de la part de Gisèle que de la mienne. Si donc Gisèle a été une «fille mal aimée», force est de constater qu'elle n'en a que peu souffert, car de son propre côté, elle n'a guère canalisé son amour sur moi, contrairement à Rodolphe. J'ai rempli mon devoir envers elle comme je l'ai pu, je la fréquente de temps à autre sans la rechercher particulièrement mais sans la répugner non plus. Non, chère Élisabeth, je n'ai aucun remords concernant Gisèle. Mon seul remords concerne Rodolphe, dont je n'ai pas su entendre les appels silencieux. Il me ressemblait tellement, j'aurais dû comprendre son anxiété, aller davantage vers lui, lui manifester plus souvent tout l'amour que j'avais dans le cœur! J'en ai été capable durant son enfance, lorsque je l'ai arraché à un précepteur sadique, mais la distance, naturelle au demeurant, qui s'est installée entre nous à mesure qu'il vieillissait m'a empêché de comprendre à quel point il avait encore besoin de moi. Rodolphe, ma blessure, ma déchirure...

Amicalement,
 
Élisabeth

Chère Élisabeth,

Merci infiniment pour votre réponse, elle m'a fait un plaisir immense.

N'ayez pas de remords au sujet de Rodolphe, vous n'êtes pas responsable de sa mort, vous n'avez rien à vous reprocher. Personne ne peut prédire l'avenir, pas même une mère. Certains avancent, même aujourd'hui, qu'il aurait été assassiné. C'est ce qu'affirmera en tout cas celle qui vous succédera sur le trône d'Autriche. Et quand bien même il se serait vraiment suicidé, vous n'avez aucun reproche à vous faire. Vous l'aimiez, vous le savez et il ne pouvait pas ne pas le savoir. Je sais, sans vraiment le savoir car je ne l'ai pas vécu, mais je me doute qu'on ne peut se consoler de la mort d'un enfant. Aussi je ne vous dirai pas de ne plus pleurer, mais je vous souhaite de tout cœur d'être en paix avec vous-même. Vous y avez droit, vraiment.

On dit qu'une dame blanche vient annoncer le malheur aux gens de votre famille, et Marie Larisch a raconté que vous lui aviez parlé du fantôme d'un prêtre qui aurait assisté les mourants de votre maison. Ces légendes sont-elles avérées?

Je me réjouis à l'idée de vous lire encore et j'espère vous avoir réconforté un tant soit peu. Je terminerais par «bisous», si je l'osais, comme pour mes plus chères amies.

Élisabeth.

Chère Élisa,
 
Merci pour vos paroles de réconfort. Certes, on me dit de tous côtés de calmer mes remords concernant Rodolphe, mais il est difficile pour une mère de constater qu'elle n'a pas su voir la détresse de son enfant, cet enfant fût-il âgé de trente ans... Qu'il ait été assassiné ou qu'il se soit donné la mort ne change toutefois rien à ma détresse; mon fils est mort. Cette réalité seule est déjà impensable, cette simple phrase est un crève-cœur pour toute mère. Aucun parent ne devrait avoir à enterrer son enfant...
 
Au sujet de la Dame Blanche des Habsbourg, si elle ne m'a donné aucun avertissement lors de la mort de Rodolphe, elle est néanmoins bien présente dans le destin de notre famille. Déjà Marie-Louise, impératrice des Français, l'aperçut dans son enfance et demanda à sa mère qui était cette dame. «C'est la Dame Blanche qui vient me chercher» aurait répondu sa mère, Marie-Thérèse. On l'aurait vue errer dans le parc de Schönbrünn la veille de la mort de l'Aiglon et on dit que même mon beau-frère Maximilien, dans son lointain Mexique, l'aurait aperçue peu avant sa mort tragique à Querétaro. Je n'éprouverai nulle crainte si je la vois, chère enfant. Cela signifiera simplement que mon douloureux périple sur cette terre s'achève enfin.
 
Sincèrement,
 
Élisabeth

Chère Élisabeth,

Que je suis heureuse d'avoir de vos nouvelles! J'espère que vous vous portez bien. J'ai découvert récemment une jeune fille nommée Élisabeth et qui est votre nièce. Cela m'a fort étonnée: j'ignorais que vous étiez parentes. Vous entendez-vous bien toutes les deux? L'auteur du livre que je lisais disait que vous vous ressembliez beaucoup...

Je vous envoie mes plus amicales pensées,

Élisabeth

Chère Élisabeth,
 
Comme toutes les souveraines, j'ai plusieurs nièces, petites-nièces, cousines et petites-filles portant le même prénom que moi. Il faudrait me dire précisément à laquelle vous faites allusion. Et n'oubliez pas de bien vérifier sa date de naissance! Comme je dois le rappeler souvent à mes correspondants, je vous écris depuis l'année 1898. Si vous me parlez d'une nièce née en 1900 ou d'un bébé né en 1896, je ne puis guère vous éclairer quant à mes relations avec elle...
 
Sincèrement,
 
Élisabeth

Chère Élisabeth,

J'ignorais que vous aviez plusieurs nièces qui s'appelaient aussi Élisabeth. Celle dont je parlais est la fille de votre frère Charles-Théodore et est née en 1876.

À très bientôt j'espère,

Élisabeth


Elisa, Elisa, Elisa saute moi au cou; Elisa, Elisa, cherche moi des poux...

Bonjour Élisa,
 
Outre la fille de Charles-Théodore, j'ai également comme nièce et filleule Élisabeth, la fille de mon beau-frère Charles-Louis, et la pauvre Élisabeth, fille de ma soeur Hélène, décédée jeune, en 1880, peu après ses noces avec Miguel de Bragance.
 
Cela sans oublier les petites-cousines, filles des cousins et cousines de François-Joseph, qui ont pris l'habitude de nous appeler oncle et tante, vu la différence d'âge...
 
Pour ce qui est de la fille de Charles-Théodore, je puis affirmer que c'est une jeune fille charmante et très jolie, semblable en tous points à sa mère, l'adorable Marie-José du Portugal que j'apprécie beaucoup. Elle a reçu une excellente éducation au pensionnat Saint-Joseph à Zandberg, où elle semble avoir développé un certain don pour la musique, elle joue du piano, bien sûr, car cela fait partie de l'éducation normale d'une princesse, mais également du violon, ce qui est moins courant.
 
Mon frère m'a écrit que sa fille avait beaucoup causé avec le prince Albert de Belgique, neveu de Léopold II, lors des funérailles de ma pauvre sœur Sophie, l'an dernier. Avec mon aversion pour ces Cobourgs de Belgique, j'ignore si je dois me réjouir de cette nouvelle... Une nouvelle alliance, que ce soit des Wittelsbach ou des Habsbourgs, avec cette famille que j'apprécie fort peu, n'a rien pour me faire plaisir... Enfin, l'avenir nous en dira davantage.
 
Amicalement,
 
Elisabeth

Chère Elisabeth,

Merci pour votre réponse qui m'a fait grand plaisir. Que d'Elisabeth en une famille! Ne les confondez-vous jamais? Ou bien, leur donnez-vous des petits surnoms pour les différencier? Dans ma famille, quand deux personnes ont le même prénom on précise d'où elle vient ou de quelle famille elle est. Cela nous donne un petit air de noblesse, nous qui sommes on ne peut plus roturiers, c'est assez amusant.

En ce qui concerne le prince Albert et votre nièce, ne vous faites pas de souci, ils sont devenus des rois et reines «de légende» et nous les aimons encore beaucoup ici en Belgique.

Je vous envoie mes plus sincères amitiés,

Élisa. 

Bonjour Élise,
 
En effet, les surnoms sont en vogue beaucoup plus que vous ne sauriez l'imaginer chez des gens si imbus de leur rang et de leur noblesse. Je ne parle pas seulement de ma famille, mais de l'aristocratie en général. Les gens ne s'appellent guère que par leur surnom, dans les salons les plus élégants, et vous seriez surprise de ce qu'on peut parfois y entendre.
 
Pour les Élisabeth, les surnoms les plus communs sont évidemment Sissi, mais également Lizi, Élise, Ella, Erszi... Heureusement que toutes ces Élizabeth ne se trouvent que très rarement dans la même pièce!
 
Je suis heureuse de savoir qu'une de mes nièces a su conquérir le cœur des Belges, chère enfant. Cela me réconcilie presque (je dis bien «presque»!) avec la famille de Cobourg.
 
Sincèrement,
 
Élisabeth