Lou
écrit à




L'Impératrice Sissi






Le secret de votre force 



Chère Impératrice,

Je vous écris dans le cadre d'une activité scolaire au collège Henri-Bergson mais en lisant votre histoire sur plusieurs plateformes internet, de l'empathie pour vous est née en moi. Le fait qu'on vous ait arraché vos enfants me fend le cœur et je ne comprends pas comment votre belle-mère a pu faire ça. Pourtant vous affichez l'image d'une femme forte qui malgré les intempéries est restée debout et a su garder son sang-froid même si le sort semblait s'acharner sur vous, une femme à l'allure irréprochable.

Plusieurs questions s'imposent dans mon esprit: comment avez-vous fait pour être si forte? Et, même si c'est peut-être indiscret, je ne peux m'empêcher de me demander pourquoi on vous a tuée.

Vous êtes une femme si formidable et incroyable!

Lou


Chère Lou,

Rassurez-vous, je suis bien vivante, vous écrivant depuis la lointaine année 1898. Tuée, dites-vous? Je me demande bien pourquoi on voudrait tuer une vieille femme qui n'a jamais fait de mal à personne. Si on me tue, ce sera probablement, ironiquement, parce que je suis impératrice; on me tuera parce que je suis ce que je n'ai pourtant jamais voulu être. J'ignore si telle sera ma fin, chère enfant, mais si c'est le cas, je souhaite que tout se passe très vite, sans douleur. J'ai vu trop de gens mourir dans de grandes souffrances, ces dernières années, à commencer par ma chère sœur Hélène. J'espère qu'une si longue et pénible agonie me sera épargnée et que mon âme pourra s'enfuir comme une fumée qui s'envole, par une toute petite ouverture du cœur.

Je ne sais pas si je me qualifierais de « forte », chère Lou. Disons simplement que j'ai fait ce qu'il fallait pour survivre aux coups qui se sont abattus sur moi, surtout depuis une vingtaine d'années; mais j'ai rayé pour toujours les mots « joie » et « espoir » de mon vocabulaire. Je suis forte simplement parce que mon corps résiste encore, bien malgré moi. Mon âme est brisée, je ne suis plus qu'une mouette noire qui se pose d'île en île. Depuis la mort de mon fils, je ne suis plus qu'une ombre, une mater dolorosa, ainsi que l'ont écrit les journaux hongrois après les fêtes du millénaire. J'ai pris sur moi d'assister à cet événement, quoi qu'il m'en coûtât, car la Hongrie occupe depuis des années une place privilégiée dans mon cœur. C'est la dernière manifestation officielle à laquelle j'ai accepté de participer. Je ne suis plus désormais qu'une âme errante. Cela finira bien un jour, et le repos éternel n'en sera que meilleur.

Amicalement,

Élisabeth


Chère Impératrice,

Je vous écris dans le cadre d'une activité scolaire au collège Henri-Bergson mais en lisant votre histoire sur plusieurs plateformes internet, de l'empathie pour vous est née en moi. Le fait qu'on vous ait arraché vos enfants me fend le cœur et je ne comprends pas comment votre belle-mère a pu faire ça. Pourtant vous affichez l'image d'une femme forte qui malgré les intempéries est restée debout et a su garder son sang-froid même si le sort semblait s'acharner sur vous, une femme à l'allure irréprochable.

Plusieurs questions s'imposent dans mon esprit: comment avez-vous fait pour être si forte? Et, même si c'est peut-être indiscret, je ne peux m'empêcher de me demander pourquoi on vous a tuée.

Vous êtes une femme si formidable et incroyable!


Chère Lou,

Rassurez-vous, je suis bien vivante, vous écrivant depuis la lointaine année 1898. Tuée, dites-vous? Je me demande bien pourquoi on voudrait tuer une vieille femme qui n'a jamais fait de mal à personne. Si on me tue, ce sera probablement, ironiquement, parce que je suis impératrice; on me tuera parce que je suis ce que je n'ai pourtant jamais voulu être. J'ignore si telle sera ma fin, chère enfant, mais si c'est le cas, je souhaite que tout se passe très vite, sans douleur. J'ai vu trop de gens mourir dans de grandes souffrances, ces dernières années, à commencer par ma chère sœur Hélène. J'espère qu'une si longue et pénible agonie me sera épargnée et que mon âme pourra s'enfuir comme une fumée qui s'envole, par une toute petite ouverture du cœur.

Je ne sais pas si je me qualifierais de « forte », chère Lou. Disons simplement que j'ai fait ce qu'il fallait pour survivre aux coups qui se sont abattus sur moi, surtout depuis une vingtaine d'années; mais j'ai rayé pour toujours les mots « joie » et « espoir » de mon vocabulaire. Je suis forte simplement parce que mon corps résiste encore, bien malgré moi. Mon âme est brisée, je ne suis plus qu'une mouette noire qui se pose d'île en île. Depuis la mort de mon fils, je ne suis plus qu'une ombre, une mater dolorosa, ainsi que l'ont écrit les journaux hongrois après les fêtes du millénaire. J'ai pris sur moi d'assister à cet événement, quoi qu'il m'en coûtât, car la Hongrie occupe depuis des années une place privilégiée dans mon cœur. C'est la dernière manifestation officielle à laquelle j'ai accepté de participer. Je ne suis plus désormais qu'une âme errante. Cela finira bien un jour, et le repos éternel n'en sera que meilleur.

Amicalement,

Élisabeth