Michel
écrit à




L'Impératrice Sissi






Les Cobourg de Vienne



Majesté,

Une nouvelle fois je prends la plume afin d'avoir le grand privilège de dialoguer avec Votre Majesté. J'aurais aimé savoir si vous avez bien connu la sœur de votre belle fille Stéphanie, Louise, mariée à Philippe de Cobourg et ce que vous pensiez de ses frasques, ses dépenses exagérées et le fait que son mari et son entourage l'ai fait interner en la faisant passer pour folle? Et Philippe son mari, je crois qu'il était un des amis intimes de votre fils, ainsi que sa mère, Clémentine de Cobourg née Orléans, les avez-vous bien connus?

Sachez que je suis de Votre Majesté, son éternel dévoué.

Michel

Cher Michel,
 
Il suffit que l'on me parle des Cobourg pour que je sente poindre la crise d'urticaire... Je n'ai guère de liens avec la princesse Clémentine, bien qu'elle réside assez souvent à Vienne. La princesse, tout comme ma belle-sœur Charlotte, ne souhaitait rien d'autre qu'être reine. Pour Charlotte, vous savez ce qu'il en est advenu, pour son plus grand malheur et celui de mon cher beau-frère Maximilien. La princesse Clémentine a tenté de combler cette ambition déçue en se démenant pour ses enfants; sa propension à vouloir installer un de ses fils sur chaque trône européen qui se libérait, si elle a d'abord fait sourire, a finit par lasser. Elle me rappelle à certains égards la pathétique princesse Droubetzkoï du roman Guerre et Paix, poussant ses relations à droite et à gauche pour faire avancer son fils...
 
Louise est internée au moment où je vous écris; nous vivons une époque où un mari trompé a tous les droits et est assuré de la complète collaboration des autorités, fût-il lui-même un débauché notoire comme c'est le cas de Philippe de Saxe-Cobourg. Je ne pourrais jamais assez vous faire ressentir le mépris et le dégoût que j'éprouve pour cet homme, qui a réussi à entraîner mon fils dans ses débauches et a, d'une certaine façon, contribué au mal de vivre qui minait Rodolphe. Je comprends que Louise ait voulu fuir un tel mari. Je n'ai personnellement rien contre Louise, bien que j'aie du mal à comprendre qu'elle ait voulu remplacer son mari par un autre homme. L'amour illicite n'entraîne que des tourments, ce que ma propre sœur Sophie a pu constater. Une simple séparation aurait suffi. Il n'était pas nécessaire qu'elle se donne en spectacle. L'unique chose que je puis réellement reprocher à Louise, en ce qui me concerne, c'est d'avoir soufflé à l'oreille de Rodolphe, alors en recherche d'épouse: «Va voir ma sœur, elle me ressemble, elle te plaira».  Stéphanie est ensuite entrée dans nos vies, ce qui n'a pas été pour améliorer mon opinion sur cette famille de Belgique. Il n'y a guère que la malheureuse reine Henriette, amoureuse des chevaux et Habsbourg hongroise de naissance, avec laquelle j'ai pu m'entendre un peu.

Amicalement,
 
Élisabeth


Majesté,
 
Merci pour votre réponse, je dois vous avouer que je l'attendais avec impatience.
 
Je peux comprendre votre dégoût envers Philippe de Cobourg; la pauvre Louise, devoir épouser son cousin, âgé de plus de trente ans (qui de plus avait déjà bien vécu), alors qu'elle en avait seize à peine; qu'elle désillusion pour une si jeune fille! Certains disent que Philippe était amoureux de la reine Henriette et que c'est pour cela qu'il aurait voulu épouser sa fille. La reine est devenue aigrie et glaciale à la suite des ignominies et nombreuses tromperies de son mari. Pourtant les gens de votre époque étaient unanimes lors de son arrivée en Belgique, et la voyaient comme une jeune femme charmante... Au fond, ce qu'on peut lui reprocher, c'est d'avoir fait le malheur de ses filles en les mariant sans amour, juste pour satisfaire ses propres ambitions. D'un autre côté, on peut dire qu'elles étaient les filles de leur père, pourries d'ambition, d'orgueil et de reconnaissance! Seule la dernière de leurs filles, Clémentine, su se montrer intelligente et «attendit» patiemment le décès de son père pour pouvoir épouser l'homme que son cœur lui dictait, et que seule la mort devait lui enlever.
 
Comme vous le savez Majesté, je vous écris du futur, de l'an 2009. Laissez-moi donc vous apprendre que de nos jours, en Belgique, les Cobourg (descendants du comte de Flandre, frère de Léopold II) sont toujours sur le trône; ils sont appréciés par la majorité de la population. Par certains côtés, quelques-uns des membres de cette famille n'ont pas beaucoup évolué et sont encore assez guindés, vivant à l'écart dans leurs châteaux et ne se mêlant à leur peuple qu'à de trop rares occasions, ce qui est peu représentatif d'une monarchie se voulant moderne.

Avec mon plus profond respect.
 
Michel