Le mariage
       

       
         
         

Justine

      Bonjour, je voudrais savoir qui es-tu exactement et pourrais-tu me raconter comment s'est passé le mariage?

Merci.

Justine
         
         

Impératrice Sissi

      Chère Justine,

Pour moi qui cherche à fuir le monde qui me connaît trop ou qui croit me connaître, j'avoue qu'il est surprenant, mais somme toute assez rafraîchissant, de me faire demander qui je suis! Allons-y donc d'une courte biographie:

Je suis née le 24 décembre 1837, à Munich, et j'ai été baptisée Élisabeth Amalie Eugénie. Je suis la fille de Ludovica et de Maximilien de Wittelbach, duc et duchesse en Bavière. Je suis la troisième d'une famille de huit enfants et j'ai été surnommée «Sissi» dès mon plus jeune âge. J'ai grandi en toute liberté entre les chevaux et la forêt, menant une vie insouciante jusqu'à l'âge de 15 ans. En août 1853, j'ai rencontré mon cousin François-Joseph, empereur d'Autriche, qui m'a préférée à ma soeur Hélène qu'il devait épouser. Je suis devenue impératrice d'Autriche le 24 avril 1854.

Ce jour-là fut une journée extrêmement éprouvante pour moi. Imaginez, le mariage se déroulait à six heures et demie du soir! Vous pouvez donc vous représenter à quel point la journée m'avait paru longue et étourdissante à la fois, prise que j'étais dans l'étude du cérémonial du mariage pendant la matinée, et par la grande toilette durant tout l'après-midi. À six heures et demie, Franz a remonté seul la grande allée de l'église de Augustins éclairée de quinze mille bougies. Je le suivais encadrée par ma mère et ma tante Sophie. Le cardinal Raucher a alors commencé un sermon interminable - ce n'est pas pour rien qu'on le surnommait «Plauscher», le bavard»! - dans lequel il a eu l'indélicatesse de rappeler que ma condition sociale était bien inférieure à celle de mon époux. Il me connaissait bien mal, moi qui ne cessais de gémir «si seulement il n'était pas empereur! » depuis mes fiançailles! Un échange d'anneaux, un baiser, une larme, et j'étais impératrice d'Autriche. Mais ma journée n'était pas encore finie.

À sept heures, retour à la Hofburg dans le carrosse impérial de la Cour, une énorme voiture dorée pourvue de huit vitres en verre vénitien et ornée de peintures de 1763. Nous gagnons alors la salle de cérémonie de la Hofburg et là, pendant plus d'une heure, nous avons dû recevoir les félicitations, courbettes et baisemains d'un parterre d'archiducs, d'archiduchesses, de dignitaires et de dames du palais. J'étais complètement épuisée, mais il fallait encore retourner dehors et, dans une voiture découverte, recevoir l'hommage de la ville de Vienne. Ce cortège a lui aussi duré plus d'une heure, j'étais presque en larmes lorsque nous fûmes enfin de retour à la Hofburg pour un souper, à dix heures du soir.

J'ai déjà entendu dire que lors des mariages, tout le monde s'amuse sauf les mariés. Je crois que vous en avez là une belle illustration. Une journée que je ne souhaite à personne!

Amicalement,

Élisabeth

e