Sylvain
écrit à




L'Impératrice Sissi






La Russie



Chère Sissi,

Je me présente: je suis Sylvain, votre correspondant français de vingt-cinq ans. Ma question es la suivante: je sais que vous n'êtes jamais allée en Russie et, pourtant, vous avez sûrement rencontré les tsar et tsarine de Russie: lequel vous a le plus marquée, lequel appréciez-vous le plus? 

Merci de bien vouloir répondre à ma lettre,

Sylvain


Bonjour Sylvain,
 
J'ai rencontré la tsarine Marie lors d'une de mes cures à Kissingen, en 1864, avec sa fille qui avait alors onze ans. Elle était vraiment très belle, et mon cousin Louis II de Bavière, épris de beauté sinon des femmes, avait plaisir à lui présenter ses hommages autant qu'à moi-même. Elle n'a pas accompagné le tsar Alexandre II à Vienne, lors de l'exposition universelle en 1872. Elle semble avoir passé les dix ou douze dernières années de sa vie en très mauvaise santé, laissant son cher Alexandre s'ébattre sans remords avec sa belle maîtresse, Catherine Dolgorouki.

J'ai rencontré Alexandre III lors d'une rencontre politique à Kremsier, en 1885. François-Joseph y avait également convié Bismark. Je l'ai trouvé affreusement vulgaire, il a d'ailleurs terminé un des soupers complètement ivre, chantant des chansons grivoises bras-dessus bras-dessous avec le «chancelier de fer»... Dire que la paix européenne dépendait alors de ces deux énergumènes! C'est ce soir-là d'ailleurs que j'ai compris que mon époux était amoureux de Mme Katherina Schratt. Comme elle faisait partie de la troupe de théâtre devant nous divertir durant cette rencontre, le tsar a pris sur lui de l'inviter ensuite au souper, avec les autres comédiens de la troupe, lui a fait une cour éhontée toute la soirée et lui a fait livrer un diamant le lendemain matin. C'est lorsque François-Joseph est venu se plaindre à moi des agissements d'Alexandre que j'ai compris. Heureusement pour Mme Shratt, Franz fait preuve auprès d'elle de beaucoup plus d'élégance que ce gros slave! Aujourd'hui encore, comme Andràssy et comme mon fils Rodolphe, je me méfie énormément de ces Russes sournois, et je ne comprends pas comment Franz et ses ministres peuvent être aussi aveugles. Mais, comme j'ai décidé une fois pour toutes de ne plus me mêler de politique, je me contente d'observer de loin les nuages qui s'amoncellent. Je suis certaine que la vieille Europe que nous connaissons n'en a plus pour bien longtemps, et c'est une bonne chose. Je ne comprendrai jamais ces peuples qui nous supportent encore!

Amicalement,

Elisabeth