Josée
écrit à




L'Impératrice Sissi






La petite Sophie



Bonjour,

Qu'est-il arrivé en 1857 pour que la petite Sophie meure?

Chère âme,

Voici maintenant plus de quarante années que les portes de la Crypte des Capucins se sont refermées sur ma douleur. Il ne devrait pas être permis à une mère de voir mourir, d'enterrer son enfant… Dieu! Que cela fait mal, encore aujourd'hui! Les années n'ont en rien adouci ma douleur, je me réveille encore parfois la nuit en sueurs, après avoir vécu une nouvelle fois le cauchemar de cette horrible journée de mai 1857…

C'était mon premier voyage officiel en Hongrie, j'étais heureuse. J'avais remporté de haute lutte le droit d'emmener mes filles avec moi. Ma belle-mère n'était évidemment pas d'accord, mais Franz venait – enfin! – de se décider en ma faveur. La santé de Sophie avait toujours été fragile, elle rendait souvent ses repas sans que les médecins sachent pourquoi. Je tenais donc à l'avoir constamment sous les yeux, même en voyage. Toutefois, c'est la santé de Gisèle, et non celle de Sophie, qui nous préoccupait de prime abord pendant que nous étions à Ofen. Elle souffrait de fièvre et de dysenterie et nous étions fort inquiets. Mais le docteur Seeburger nous a rassurés, affirmant que Gisèle faisait tout simplement ses dents et que ses symptômes étaient normaux. Nous sommes repartis, rassurés, continuer notre tournée du pays.

Le 28 mai, un télégramme nous rappelait d'urgence à Ofen. Sophie était au plus mal. À mon arrivée, j'ai trouvé ma petite fille dans un état d'abattement et de faiblesse affreux, elle était pâle à faire peur. Elle qui, quelques heures avant, pleurait et criait à fendre l'âme, n'arrivait même plus à gémir. Pendant onze heures, j'ai combattu la mort avec elle, priant et pleurant, essayant de retenir la vie qui fuyait ce petit corps que j'avais porté à peine deux années auparavant. En vain. Les médecins n'ont jamais su me dire ce qui s'était passé. Intoxication alimentaire, fièvre, épidémie? Il semble que Gisèle ait transmis la rougeole à sa soeur aînée, moins résistante, mais Seeburger, cet âne bâté, n'a jamais pu l'affirmer avec certitude. Pauvre Gisèle, ce n'était pas sa faute, mais il m'a fallu des semaines avant de pouvoir la reprendre dans mes bras. Sophie a été inhumée dans le caveau de la Crypte des Capucins, comme tous les Habsbourgs. Lorsqu'on a refermé les portes de la voûte, j'ai eu l'impression que mon coeur était resté enfermé à l'intérieur. Il n'en est jamais vraiment ressorti depuis.

Élisabeth