Langues parlées par Sissi
       

       
         
         

Jessica

      À sa Majesté l'Impératrice Élisabeth d'Autriche,

Chère Élisabeth,

Je vous admire vraiment beaucoup et c'est pour cette raison que j'aimerais en savoir un peu plus sur votre vie. Ainsi, je souhaiterais vous poser quelques questions...

Selon le film sur votre vie, on peut voir que l'Archiduchesse Sophie vous demande d'apprendre couramment plusieurs langues pour être Impératrice. J'aimerais savoir combien de langues votre Majesté parlaient et quelles étaient-elles. Aviez-vous eu beaucoup de difficulté à les apprendre? Combien de temps aviez-vous pour le faire?

Également, j'aimerais savoir si cela était aussi pénible d'étudier le Cérémonial de la Cour et le Protocole. Avec quels règlements aviez-vous le plus de difficultés? Trouviez-vous que quelques-uns étaient ridicules?

De plus, toujours selon le film, on se rend compte lors des bals qu'il y a plusieurs étapes dans le déroulement de ces soirées. J'aimerais savoir quelles étaient ces étapes (par exemple, le Cotillon) et en quoi elles consistaient.

Je vous remercie d'avance de répondre si gentiment à ma lettre et j'espère recevoir votre réponse bientôt.

Toutes mes salutations, chère Impératrice.

Jessica
         
         

Impératrice Sissi

      Ma chère Jessica,

Il faut effectivement parler un grand nombre de langues lorsqu'on règne sur un empire constitué de peuples aussi hétéroclites que l'Autriche-Hongrie! Mon époux est un remarquable polyglotte, qui maîtrise pratiquement toutes les langues parlées dans l'Empire. Pour ma part, je n'ai jamais réussi à apprendre l'italien, ni les langues slaves comme le tchèque, le serbe ou le croate.

J'ai appris l'anglais très jeune. Ce fut longtemps notre «langage codé», à moi et à mes soeurs lorsqu'elles me rendaient visite, car presque personne à la Cour d'Autriche ne parlait cette langue, y compris nos époux! Je parle assez bien le français, et lorsque j'ai adopté la cause hongroise, je me suis mise à l'étude de cette langue avec une ardeur telle que je ne corresponds plus que dans cette langue avec mon époux. Tout mon entourage immédiat (lectrice, dames d'honneur, secrétaire) ne parle pratiquement que le hongrois. Depuis les années 1880, j'ai développé un grand intérêt pour le monde homérique, j'ai donc également appris le grec ancien et le grec moderne. J'ai même traduit Shakespeare en grec!

Quant au cérémonial de la Cour, je pourrais écrire un très gros volume sur tous les usages séculaires, datant de Charles Quint ou de la grande Marie-Thérèse, qui sont encore en vigueur aujourd'hui! Quelques-uns étaient totalement ridicules, comme l'obligation de porter des gants pour manger, ou de ne porter ses chaussures qu'une seule fois, après quoi elles revenaient aux domestiques. Je devenais «l'essayeuse» des chaussures de mes femmes de chambre! Inutile de dire que j'ai retiré mes gants aux repas, et que j'ai porté mes chaussures préférées bien souvent! Pas de bière à la Hofburg non plus. La façon de mettre la table était également réglementée, le nombre de fourchettes, de coupes à vin (six par personne, rien de moins!) les carafes à eau... mais aucun verre à bière n'était prévu. Et quel scandale lorsque j'ai demandé une baignoire! Je devais également être habillée de pied en cap dès le matin, au cas où une visite imprévue se serait annoncée. Le Cérémonial de la Cour adore prévoir l'imprévu, mais déteste qu'il se produise... Mais je crois que la règle qui m'était le plus désagréable est celle selon laquelle deux cent vingt-neuf dames (pas une de plus, pas une de moins) possédant les seize quartiers de noblesse requis, pouvaient avoir accès à mes appartements privés à n'importe quelle heure du jour, sans avoir besoin de demander audience. Cette intrusion dans ma vie m'était tout à fait insupportable Vous voyez, la vie de Cour n'a rien d'un rêve. Il m'a fallu environ vingt ans pour réussir à me créer une certaine intimité et pour m'affranchir de toutes ces règles ridicules.

Les bals débutaient généralement à 21h et nous nous retirions, Franz et moi, sur le coup de minuit (la soirée pouvait se poursuivre jusqu'à 3h du matin pour les invités). Je n'assiste plus à ces bals depuis très longtemps, c'est Marie-Thérèse, l'épouse de mon beau-frère Charles-Louis, qui me remplace depuis 1888. Auparavant, c'était Stéphanie, l'épouse de mon pauvre Rodolphe, qui tenait ce rôle. Franz et moi dansions très peu, et n'avions le droit de danser ensemble qu'une seule fois dans toute la soirée, généralement juste avant de nous retirer. Nous passions la première heure (sinon plus) debout, à regarder défiler tous les invités devant nous pour leur révérence... j'en avais parfois des éblouissements de fatigue! Nous ouvrions ensuite le bal au bras des principaux invités (moi avec un ambassadeur, ministre ou autre dignitaire, et Franz avec l'épouse de cet invité) généralement une valse. Les danses à la mode depuis plusieurs années sont la czardas, la mazurka, la polka, la valse et la contredanse, qui est une danse collective pour quatre, pour huit ou pour autant qu'on veut, généralement en ligne. Le cotillon est en fait une contredanse, qui se danse à la toute fin du bal. Ces bals faisaient partie de nos fonctions officielles, seuls les invités s'amusaient! Nous devions, le reste de la soirée, rester généralement assis ou bien circuler dans la salle pour dire un bon mot à l'un ou l'autre de ces importants personnages... S'il était de bon ton pour mon époux d'inviter les épouses de ses invités, il était par contre malséant pour ces derniers de venir m'inviter, à moins que ce ne soit à la suggestion expresse de Franz. Mon pauvre époux est désormais un peu âgé pour danser, mais il donne toujours, bon an, mal an, au moins deux bals officiels, le Hofball (Bal de la Cour) et le Ball Bei Hof (Bal à la Cour) où il rencontre les principaux dignitaires de l'Empire, les ambassadeurs et la noblesse. Entre vous et moi, je ne l'envie pas...

Amicalement,

Élisabeth