Price Samy
écrit à




L'Impératrice Sissi






La Monarchie



Votre Majesté,

Vous écrire est un honneur pour un prince comme moi, et correspondre avec Votre Majesté est pour moi un rêve devenu réalité. Qui de nos jours ne connaît la grande impératrice Sissi dont la beauté, la sagesse, la vertu et la noblesse sont célèbres dans le monde entier? Quel prince ne rêverait de correspondre avec une pareille souveraine? Sachez, Madame, que je me réjouis énormément de pouvoir vous écrire! En effet, je me prépare dès aujourd'hui à mon futur métier de roi. Dans quelques années, la responsabilité de tant de personnes sera assurée par mon commandement et l'émergence de tout un pays sera assurée par mon dur travail.

Beaucoup rêvent d'être a ma place, un prince hériter ou une princesse, d'appartenir a une famille régnante, mais en vérité ils ont tort! L'idée de tant de responsabilité me fait peur déjà. L'idée qu'une simple erreur ou une étourderie de ma part puisse coûter beaucoup à d'autres bien malheureux ne m'enchante pas du tout. Ma famille ne cesse de m'encourager mais je vois déjà l'apparition d'ennemis! Beaucoup commencent déjà par me haïr et me critiquer! Serait-ce à cause de mon statut? Avez-vous déjà été confrontée à de tels problèmes? Toutes ces histoires me donnent l'idée, ou plutôt la peur de ne pas être un bon souverain dans mon futur. Quant à vous, Madame, comment décririez-vous un souverain idéal? Quelles qualités pensez-vous  qu'il doive avoir et quels sont les défauts qu'il doit a tout prix éviter?

Mais encore les cris des républicains qui parviennent a nos oreilles ne cessent de répéter les mêmes questions : «Quelle est l'utilité de la monarchie? Pourquoi pas une république? Le peuple doit gouverner! Pourquoi une seule personne devrait elle gouverner?». Comment répondriez-vous à de pareilles affirmations?

Enfin Madame, selon vous, quelle est la nature des relations qu'un souverain doit avoir avec Dieu? Pensez vous que les châteaux et autres palais où nous vivons contredisent la lettre de pauvreté que Jésus Christ nous a recommandé de vivre?

J'arrive a la fin de ma lettre. Je m'excuse de sa longueur et vous demande de me pardonner si j'ai pris trop de votre temps précieux. Je m'excuse de la langue française que j'ai employée dans ma lettre.

Votre,

Prince Samy


Excellence,

Veuillez pardonner le temps que j'ai mis à vous répondre. Une croisière en Méditerranée m'a tenue loin de mon port d'attache pendant des mois, et même les lettres de mon époux, l'empereur François-Joseph, ont eu du mal à m'atteindre, demeurant poste restante dans différents consulats autrichiens pendant des semaines!

Veuillez pardonner également ma grande ignorance; j'ignore totalement le nom du pays sur lequel vous serez appelé à régner. Je sais que le Shah de Perse, entre autres, a nombre de fils et qu'il choisira éventuellement un successeur parmi eux, et que c'est également le cas de plusieurs souverains d'Orient avec lesquels je n'ai pas eu l'honneur d'entrer en communication. Je me désintéresse de la politique depuis un très grand nombre d'années et mon auguste époux est sans doute déjà au courant de votre succession imminente, ce qui n'est pas mon cas.

Vous semblez cependant animé des plus nobles aspirations envers votre peuple, ce que je ne peux qu'admirer. Cependant, vous m'avez bien devinée en me supposant des sentiments républicains. Mon amie Carmen Sylva -ou, plus officiellement, Élisabeth reine de Roumanie- affirme souvent que le gouvernement républicain est le seul qui vaille, et qu'elle «ne comprend pas ces peuples qui nous supportent encore»! Je suis bien d'accord avec elle. Le mouvement qui entraînera bientôt la chute des grands empires est irréversible, et je vois notre présence comme un véritable anachronisme. Je suis âgée, peut-être ne vivrais-je pas assez longtemps pour être témoin de ce grand changement, mais à vous lire, vous me semblez assez jeune, alors sans doute serez-vous appelé à vivre les bouleversements que le prochain siècle nous réserve. Je vous souhaite de les traverser en paix et avec sérénité.

Avec mes respects, Votre Altesse,

Elisabeth, impératrice d'Autriche et reine de Hongrie.