Camille
écrit à

   


L'Impératrice Sissi

     
   

La mode de maintenant

    Chère Sissi,

Ne trouvez-vous pas que les robes de votre temps devraient revenir à la mode? Je voudrais être née à votre époque pour pouvoir porter les mêmes superbes robes que vous.

Merci.


Chère jeune amie,

De mon lointain XIXe siècle, il m’est absolument impossible de m’imaginer à quoi peut ressembler la mode de votre temps et ainsi poser des comparaisons. On m’a toutefois informée qu’à votre époque, les femmes portent le pantalon sans la moindre gêne (je me souviens de la honte de ma nièce, Marie Wallersee, lorsque je l’ai forcée à se vêtir en garçon comme moi, un été à Gödölö), et osent même montrer leurs jambes!  Si effectivement j’imagine que ces tenues sont beaucoup moins belles que celles portées à mon époque, il n’en reste pas moins que je vous envie singulièrement cette liberté de mouvement dont vous jouissez.

La mode, à mon époque, a été inventée par des hommes soucieux d’emprisonner «acceptablement» les femmes... Le corset serré à ne pouvoir respirer librement, la démarche ralentie par la cage de la crinoline, la lourdeur des jupons amidonnés, les lourds tissus en plein été... Vous ne pouvez vous imaginer l’inconfort de ces toilettes, malgré leur splendeur indéniable. Un mot un peu irrévérencieux circulait durant les années 1860; un homme de la Cour aurait dit à un ami : «il n’y a guère qu’en robe du soir qu’une femme est excitante. Le reste du temps, c’est un paquet». Ces toilettes feraient paraître Vénus la plus affreuse des harpies. Savez-vous que, pour la moindre apparition officielle, il ne me fallait pas moins de trois heures pour m’apprêter? Et comme j’avais la réputation d’être la plus belle souveraine d’Europe, je devais sans cesse m’employer à préserver cette réputation, ce que n’avaient pas besoin de faire bien d’autres souveraines. Je vous assure qu’après une semaine forcée de vous «harnacher» de la sorte, vous seriez probablement bien heureuse de retourner au confort de vos vêtements du XXIe siècle!  Fort heureusement, la mode des crinolines est passée depuis la fin des années 1870. Les crinolines étaient non seulement incommodes – s’asseoir avec ces cages de fer était un exploit de contorsion, les jambes ramenées en «z» - elles étaient également fort dangereuses lorsqu’il s’agissait de descendre un escalier. Quant aux besoins de la nature, n’en parlons pas... Cela attendra bien jusqu’à la fin de la réception!

Non, chère enfant, je ne crois pas que les robes de mon temps devraient revenir à la mode à votre époque. Profitez bien de votre liberté de mouvement, de votre liberté de marcher, courir sans qu’un monceau de tissus ne vienne entraver le moindre de vos gestes.  A l’occasion, si vous voulez participer à des activités, comme des bals costumés rappelant le XIXe siècle, vous aurez probablement plaisir à vous en parer, mais je crois que vous serez bien aise de revenir à vos vêtements de tous les jours par la suite.

Amicalement,

Élisabeth


Chère Impératrice,

Hélène n'était-elle pas jalouse de l'amour que François-Joseph vous donnait? Combien aviez-vous de frères et soeurs? 

Camille Anne


Chère âme du futur,

Ma chère sœur Hélène n’a jamais eu à jalouser l’amour que Franz avait pour moi, puisqu’elle a elle-même connu l’amour d’un excellent prince, Maximilien de Tours & Taxis. Un amour qu’elle partageait et qui lui a permis de vivre heureuse en ménage... pendant dix ans seulement. Ma famille n’est décidément pas faite pour le bonheur, chère enfant. Le mariage d’Hélène était, quoi que vous en pensiez, le plus heureux de toutes les sœurs Wittelsbach, et c’est son bonheur qui a été brisé le premier. Pauvre Néné, perdre ainsi un époux tendrement aimé, après si peu de temps...

J’ai sept frères et sœurs: Louis-Guillaume, qui a renoncé à son droit d’aînesse pour pouvoir épouser une actrice, l’excellente Henriette Mendel dont il est veuf depuis quelques années, Karl-Théodore, devenu le chef de famille depuis la renonciation de Louis-Guillaume, Hélène, morte en 1890, Marie, ex-reine de Naples et des Deux-Siciles, Mathilde, comtesse Trani, elle aussi marquée par la tragédie suite au décès de son époux, Max Emmanuel, mort à quarante-six ans seulement, laissant son épouse Amélie si affligée qu’elle l’a suivi dans la tombe un ans plus tard, et ma pauvre sœur Sophie d’Alençon, éphémère fiancée de Louis II de Bavière et morte l’an dernier comme une sainte dans l’incendie du Bazar de la Charité. Je crois que, seul dans toute notre famille, Karl-Théodore a fini par trouver une forme de bonheur, par les soins attentionnés qu’il donne à ses patients, toujours plus nombreux. Je l’envie de pouvoir trouver les actions qui servent au prochain; pour ma part, je trouve cela bel et bon, mais les humains m’intéressent trop peu pour que je trouve là mon bonheur. Je suis désormais trop vieille et trop lasse pour lutter, mes ailes sont brûlées et je n’aspire plus qu’au repos.

Je ne suis mouette de nul pays,
Nulle plage ne m’est patrie,
À aucun site je ne m’attache
Je vole de vague en vague.
Amicalement,

Élisabeth