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Votre Majesté,
Votre belle-mère et l'Aiglon, fils de Napoléon, se
sont-ils aimés?
Bien à vous,
Flore
Chère Flore,
Comme vous le savez sans doute, mes relations avec ma belle-mère
n'ont jamais été très chaleureuses. Jamais assez,
en tous cas, pour qu'elle se laissât aller avec moi à des
confidences aussi intimes. Mon époux m'a parfois touché
un mot ou deux au sujet du Duc de Reichstadt, ce cousin qu'il a un peu
connu, mais comme il était très jeune à la mort du
duc, ses propos sont demeurés très succincts. De plus, le
respect qu'il doit à sa mère l'a empêché
d'entrer dans les clabaudages dont se nourrissent les
pies-grièche et les douairières de la Cour. Tout ce que
je sais au sujet de l'Aiglon et de ma belle-mère, ce sont les
dames d'honneurs et les membres de cette éminente aristocratie
que respectait tant l'archiduchesse qui me l'ont appris. La Cour est un
véritable nid à cancans, et ceux-ci sont parfois
véhiculés avec délectation, même quarante
ans après les faits…
Parmi toutes les inepties et les saletés que j'ai pu entendre,
ce qui me semble le plus plausible, c'est que ma belle-mère a
pris en pitié ce pauvre adolescent abandonné
qu'était le fils du grand Napoléon. Sa mère
l'avait laissé à Vienne sous la gouverne de maîtres
sévères, pour aller vivre joyeuse vie dans son
duché de Parme. Ma belle-mère elle-même,
nouvellement mariée à l'archiduc François-Charles
qui était, paraît-il, d'une extrême brutalité
dans sa jeunesse – mais son épouse a vite su le «mettre au
pas»! – n'était pas très heureuse. A peine plus
âgée que l'Aiglon, et aussi esseulée que lui dans
cette Cour inconnue, ils sont vite devenus amis. Ils étaient
beaux et jeunes tous les deux, voilà sans doute pourquoi les
cancans se sont déchaînés. Quel crédit leur
accorder? Le même crédit que tout ce qui vient de ce nid
à commérages qu'est la Cour, chère enfant. Ma
belle-mère était, dès sa prime jeunesse, une
catholique pratiquante très vertueuse, qui en est même
devenue bigote avec les années. Je ne crois pas que ses
scrupules religieux lui auraient permis de trahir le mariage. Elle
s'est contentée de n'être qu'une amie très
maternelle du Duc, et a communié à ses côtés
la veille de sa mort pour lui cacher qu'il était, en fait, en
train de recevoir les derniers sacrements. La mort de son ami, jointe
à la perte de deux enfants, a sans doute contribué
à la rendre aussi dure.
Amicalement,
Élisabeth.
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